Nigeria : repenser l'université pour affronter les défis du siècle
Alors que le pays compte plus de 200 millions d'habitants, ses universités peinent à répondre aux besoins économiques et sociaux. Un appel à s'inspirer des modèles du Sud global.

La création de l'université de Nsukka en 1960 par Nnamdi Azikiwe, figure de l'indépendance, répondait à une ambition précise : former des cadres capables de résoudre les problèmes du Nigeria naissant. Soixante ans plus tard, le constat s'impose : les établissements supérieurs nigérians produisent chaque année des milliers de diplômés, mais peinent à fournir les compétences attendues par une économie en pleine mutation. Les filières techniques et scientifiques restent sous-dotées, tandis que les effectifs explosent sans que les infrastructures suivent. Le décalage entre formation et emploi nourrit une frustration croissante chez les jeunes.
Les exemples de pays du Sud global qui ont réussi à transformer leur système universitaire ne manquent pas. Le Nigeria peut s'inspirer de modèles asiatiques ou latino-américains où l'université s'est arrimée aux besoins industriels locaux. Au lieu de copier des cursus théoriques hérités de l'époque coloniale, plusieurs pays ont misé sur des partenariats avec les entreprises et des programmes de recherche appliquée. Le résultat : des taux d'insertion professionnelle nettement supérieurs et une innovation locale dynamisée.
Dans un pays où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans, l'enjeu dépasse la seule éducation. Il touche à la compétitivité, à la stabilité sociale et à la capacité du Nigeria à peser sur la scène continentale. Les universités nigériannes forment aujourd'hui trop de diplômés en lettres ou en sciences sociales, et pas assez d'ingénieurs, de techniciens ou de spécialistes en intelligence artificielle. Ce déséquilibre freine l'industrialisation et pousse les cerveaux à l'étranger. Une réforme en profondeur suppose des financements pérennes, une autonomie réelle des établissements et une meilleure connexion avec le secteur privé.
La leçon de Zik reste d'actualité : une université n'est pas un simple lieu de transmission du savoir, c'est un instrument de développement. Le Nigeria dispose des ressources humaines et des moyens pour réussir cette transformation. Ce qui manque, c'est une volonté politique claire et une vision de long terme. Les pays qui ont réussi leur décollage économique ont tous commencé par réformer leur enseignement supérieur. Le Nigeria ne fera pas exception.
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