Washington exclut l'Afrique du Sud et le Rwanda de l'accord commercial AGOA
Les États-Unis ont annoncé lundi retirer l'Afrique du Sud et le Rwanda du régime de franchise douanière AGOA, une décision qui frappe deux économies africaines et relance les débats sur les critères d'éligibilité.

Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a confirmé lundi que Washington excluait l'Afrique du Sud et le Rwanda de l'AGOA, l'accord qui permet à une trentaine de pays africains d'exporter vers les États-Unis sans droits de douane. Motif invoqué : des pratiques jugées « incompatibles » avec les critères d'éligibilité de l'accord. La décision prend effet immédiatement, sans période de transition annoncée. Pour Pretoria et Kigali, c'est un coup dur. L'Afrique du Sud exportait plus de 2 milliards de dollars par an vers les États-Unis sous ce régime, notamment dans l'automobile et les agrumes. Le Rwanda, lui, perd un accès précieux pour son café et ses textiles.
L'AGOA, créé en 2000, conditionne l'accès au marché américain à des critères politiques et économiques : respect de l'État de droit, ouverture des marchés, absence de barrières commerciales jugées abusives. Washington reproche à l'Afrique du Sud ses taxes sur l'acier et l'aluminium américains, ainsi que son rapprochement avec des puissances jugées adverses. Au Rwanda, les autorités américaines pointent des restrictions commerciales, notamment sur les importations de volaille et de porc. Ces griefs ne datent pas d'hier, mais l'administration actuelle a décidé de passer à l'action, quitte à fragiliser des partenaires historiques sur le continent.
Sur le terrain, les exportateurs sud-africains cherchent déjà des alternatives. Les producteurs d'agrumes du Cap-Occidental, qui écoulaient une part significative de leurs récoltes aux États-Unis, évoquent des pertes sèches dès la prochaine saison. À Kigali, les coopératives de café spécialisé redoutent de perdre un débouché où leurs grains se vendaient à prix premium. Les gouvernements des deux pays n'ont pas encore annoncé de mesures de rétorsion, mais des recours devant l'Organisation mondiale du commerce sont sur la table. La décision américaine pourrait aussi refroidir d'autres pays africains candidats à l'AGOA, qui scrutent désormais chaque clause du renouvellement de l'accord, prévu en 2025.
Cette exclusion intervient dans un contexte de tensions commerciales mondiales. Washington durcit ses conditions d'accès à son marché, y compris pour ses alliés traditionnels. Pour les pays africains, la leçon est claire : la franchise douanière n'est pas un droit acquis. Elle se négocie, se surveille et peut disparaître du jour au lendemain. Les économies les plus dépendantes de l'AGOA, comme le Lesotho ou Madagascar, suivent ce dossier de près. Elles savent que la prochaine décision pourrait les concerner.
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