Marchés de capitaux : l'Afrique doit d'abord compter sur son épargne intérieure
Pour le patron de la NGX, la prochaine frontière des marchés africains n'est pas l'argent étranger mais la mobilisation de l'épargne locale, encore largement dormante.

Tunde Popoola ne demande pas plus d'investisseurs étrangers. Le directeur général du Nigerian Exchange Group l'a répété cette semaine : la prochaine frontière des marchés de capitaux africains, c'est l'argent qui dort déjà sur le continent. Les fonds de pension nigérians pèsent plus de 20 000 milliards de nairas, selon les chiffres du régulateur. Une montagne de liquidités qui finance encore trop peu les entreprises cotées. La faiblesse des taux de participation locaux — moins de 5 % des Nigérians possèdent des actions — laisse un gisement inexploité.
Le raisonnement tient en une phrase : un marché qui dépend de capitaux étrangers subit leurs humeurs. Quand la Réserve fédérale américaine remonte ses taux, les flux sortent de Lagos, Nairobi ou Johannesburg en quelques semaines. À l'inverse, une base d'investisseurs domestiques solide amortit les chocs. Popoola cite l'exemple des fonds souverains et des assureurs locaux, appelés à jouer le rôle de stabilisateurs. Le Nigeria compte déjà plusieurs fonds de pension régionaux qui pourraient, selon lui, doubler leurs allocations en actions sans prendre de risque excessif.
Reste le verrou culturel. Épargner en actions reste perçu comme un pari risqué dans des économies où l'inflation grignote les rendements obligataires. Les plateformes numériques ont commencé à casser cette barrière en abaissant les tickets d'entrée. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts et l'accès aux placements locaux, à mesure que les fintechs rapprochent les deux bouts. La digitalisation des souscriptions, encore balbutiante hors Afrique du Sud, progresse à Lagos et Accra.
Popoola mise sur une bascule lente mais réelle : les fonds de pension africains gèrent aujourd'hui plus de 350 milliards de dollars, selon les estimations sectorielles. Une fraction de cette masse, redirigée vers les marchés actions, suffirait à transformer la profondeur des places continentales. Le vrai enjeu n'est pas d'attirer Wall Street, mais de convaincre l'épargnant de Lagos ou d'Abidjan que son propre marché mérite son argent.
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