Dangote pointe la contrebande d'essence vers les pays voisins
Aliko Dangote attribue la cherté du carburant au Nigeria à la contrebande massive vers les pays voisins, où l'essence se revend beaucoup plus cher, malgré la hausse des prix locaux.

Aliko Dangote ne mâche pas ses mots. Le patron du groupe Dangote Industries a désigné la contrebande d'essence vers les pays voisins comme le principal coupable de la flambée des prix du carburant au Nigeria. Selon lui, des volumes importants quittent frauduleusement le territoire pour être revendus à des tarifs bien plus élevés au Bénin, au Niger, au Cameroun ou au Tchad. Un manège qui prive le marché nigérian d'une partie de son offre et tire mécaniquement les prix vers le haut, alors même que la raffinerie de Lekki, la plus grande d'Afrique, tourne à plein régime.
Le paradoxe est cruel. Le Nigeria, premier producteur de pétrole brut du continent, importait encore massivement son essence il y a peu. Avec la mise en service de la raffinerie Dangote, le pays visait l'autosuffisance et des prix bas. Mais la contrebande organise une fuite vers des marchés où le litre se négocie parfois deux fois plus cher. Résultat : les Nigérians paient leur carburant au prix fort, pendant que des réseaux bien organisés empochent la différence. Dangote réclame des contrôles renforcés aux frontières et une surveillance accrue des circuits de distribution.
Cette situation pèse directement sur le quotidien des ménages et des transporteurs. Chaque hausse du prix à la pompe se répercute sur le coût du transport, puis sur celui des denrées alimentaires. Dans un pays où l'inflation reste élevée, l'essence est un baromètre social explosif. Pour les opérateurs économiques, la question dépasse les frontières nigériennes : la stabilité des prix des carburants dans la sous-région dépend en partie de la capacité d'Abuja à stopper ces flux parallèles. Une lutte qui implique une coopération douanière avec les pays voisins, souvent débordés ou complices passifs.
Le gouvernement nigérian n'a pas encore réagi publiquement aux déclarations de Dangote. Mais le dossier illustre une réalité plus large : sans contrôle efficace des frontières, même une raffinerie géante ne suffit pas à faire baisser les prix. La contrebande prospère sur les écarts de prix entre marchés. Tant que ces écarts existeront, les trafiquants trouveront des routes. Pour les Nigérians, l'équation reste simple : ils produisent le pétrole, le raffinent désormais chez eux, mais paient toujours leur essence au prix d'un pays importateur. Un comble que Dangote veut voir cesser.
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