Télécoms nigérians : 75 milliards de dollars investis en 25 ans
Le secteur télécoms nigérian a attiré plus de 75 milliards de dollars d'investissements cumulés en 25 ans. Bismarck Rewane lie cette connectivité de masse à la croissance économique.

Le Nigeria comptait à peine 500 000 lignes téléphoniques au début des années 2000. Aujourd'hui, le pays aligne plus de 200 millions d'abonnés mobiles. Ce saut, le secteur l'a financé lui-même : les investissements cumulés dans les télécoms sont passés d'environ 500 millions de dollars à plus de 75 milliards. Bismarck Rewane, patron de Financial Derivatives Company et président de FCMB, a présenté ces chiffres cette semaine. Pour lui, la connectivité n'est pas un luxe, c'est une infrastructure de base qui tire la productivité du pays.
Ce que Rewane souligne, c'est le lien direct entre couverture réseau et activité économique. Les zones où la 4G est arrivée voient les petites entreprises se digitaliser, les paiements mobiles se répandre, les transferts d'argent circuler plus vite. Les opérateurs — MTN, Airtel, Glo, 9mobile — ont bâti ce réseau en vingt-cinq ans, souvent sans subvention publique. Le régulateur, la NCC, a joué un rôle d'arbitre plus que de financier. Résultat : le Nigeria est aujourd'hui l'un des plus grands marchés télécoms d'Afrique, devant l'Égypte et l'Afrique du Sud en nombre d'abonnés.
Les limites restent pourtant visibles. La qualité du réseau dans les États du Nord-Est, le coût des données pour les ménages pauvres, la dépendance aux équipements importés — tout cela freine encore l'impact économique. Rewane insiste sur un point : sans électricité stable, la connectivité plafonne. Les opérateurs dépensent des fortunes en groupes électrogènes et en carburant, un surcoût qui se répercute sur les tarifs. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car un réseau fiable réduit les frais des opérateurs de mobile money.
Le vrai test sera la 5G. Le Nigeria a commencé à attribuer des licences, mais la couverture reste concentrée à Lagos et Abuja. Sans un cadre fiscal stable et sans énergie fiable, les 75 milliards déjà investis risquent de plafonner. Rewane ne dit pas autre chose : la connectivité a transformé le Nigeria, mais elle ne le transformera durablement que si l'État règle les problèmes d'infrastructure qui échappent aux opérateurs.
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