Parité hommes-femmes : 102 ans encore à attendre en Afrique subsaharienne, selon le Forum économique mondial
L'Afrique subsaharienne a comblé 68,8 % de son écart de genre. Au rythme actuel, il faudra 102 ans de plus pour atteindre la parité totale, selon le Forum économique mondial.

Le Forum économique mondial a publié son dernier rapport sur les écarts de genre et le verdict pour l'Afrique subsaharienne est sans appel : 102 ans. C'est le temps qu'il faudra à la région pour combler entièrement l'écart entre hommes et femmes si rien ne change. Aujourd'hui, 68,8 % du chemin est parcouru. Autrement dit, sur les quatre grands indicateurs mesurés — participation économique, accès à l'éducation, santé et survie, autonomisation politique — il reste près d'un tiers du trajet à faire. Un rythme qui, à l'échelle d'une vie humaine, signifie que la parité ne sera pas atteinte avant plusieurs générations.
Le chiffre de 102 ans n'est pas une fatalité biologique, c'est le résultat d'un rythme. Entre 2006 et aujourd'hui, la région a progressé, mais lentement, et surtout de façon inégale. Certains pays comme le Rwanda ou la Namibie affichent des scores élevés grâce à des politiques volontaristes : quotas de femmes au parlement, scolarisation des filles, accès au crédit pour les entrepreneures. D'autres stagnent, voire reculent, quand les crises économiques ou sécuritaires poussent les familles à retirer leurs filles de l'école ou à les marier tôt. La pandémie de Covid-19 a accentué ces reculs dans plusieurs pays, effaçant des années de progrès en matière d'emploi féminin.
L'écart le plus tenace reste celui de la participation économique. Les femmes africaines travaillent massivement — dans l'agriculture, le commerce informel, les services — mais elles restent concentrées dans les emplois les moins rémunérés et les moins protégés. Le plafond de verre résiste dans les entreprises formelles et les postes de direction. À cela s'ajoute l'écart salarial : à poste équivalent, une femme gagne souvent moins qu'un homme, et l'accès au financement reste plus difficile pour elles. Les politiques publiques qui marchent ailleurs — congés parentaux partagés, crèches abordables, quotas dans les conseils d'administration — peinent à s'imposer dans la plupart des pays de la région.
Le rapport du WEF ne dit pas que rien ne bouge. Il dit que le mouvement est trop lent pour tenir la promesse d'égalité. La bonne nouvelle, c'est que les leviers existent et qu'ils sont connus : éducation des filles jusqu'au secondaire, accès à la contraception, lois contre les violences faites aux femmes, représentation politique. Chaque année gagnée sur ce calendrier de 102 ans représente des millions de femmes qui entrent plus tôt dans l'économie formelle, qui gagnent leur vie dignement et qui transmettent ces avancées à leurs filles. La question n'est pas de savoir si la parité est possible, mais si les gouvernements et les entreprises de la région décident d'accélérer ou de laisser faire le temps.
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