Un Africain sur deux envisage de partir, le chômage en tête des motivations
Selon Afrobarometer, la recherche d'un emploi est la première raison qui pousse les Africains à envisager l'émigration, devant les pressions économiques et politiques.

Un Africain sur deux a déjà songé à quitter son pays. C'est ce que révèle une enquête Afrobarometer publiée cette semaine, menée dans plus de trente pays du continent. La recherche d'un emploi arrive en tête des motivations, citée par la moitié des personnes interrogées. Viennent ensuite les difficultés économiques, puis l'instabilité politique. Le phénomène n'épargne aucune région : du Sahel à l'Afrique australe, la même logique revient. Les jeunes diplômés, surtout, ne trouvent pas de débouchés à la hauteur de leurs qualifications. Le marché du travail formel reste étroit, et l'informalité absorbe une grande partie de la main-d'œuvre sans offrir de perspective stable.
Le Nigeria illustre bien cette tension. Avec une population de plus de 220 millions d'habitants, le pays produit chaque année des centaines de milliers de diplômés, mais les entreprises locales peinent à les absorber. La fuite des cerveaux s'accélère : médecins, ingénieurs et informaticiens partent vers le Royaume-Uni, le Canada ou les États-Unis. Ce départ massif prive le pays de compétences dont il a besoin pour se développer. Les transferts d'argent des émigrés soutiennent toutefois des millions de familles. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, alors que les plateformes numériques se multiplient pour capter ces flux.
Le rapport pointe aussi un paradoxe. Les pays qui enregistrent les plus forts taux d'intention de départ ne sont pas toujours les plus pauvres. L'insécurité, le manque de services publics et la corruption pèsent lourd dans la décision. Au Ghana, au Kenya ou en Afrique du Sud, la colère monte contre des gouvernements jugés incapables de créer des emplois. Les programmes de formation professionnelle, quand ils existent, restent sous-financés. Résultat : beaucoup préfèrent tenter leur chance ailleurs plutôt que d'attendre une hypothétique amélioration.
Les gouvernements africains n'ont pas les moyens de retenir tout le monde. Mais ils peuvent agir sur les causes immédiates : simplifier la création d'entreprise, investir dans les infrastructures, sécuriser les routes commerciales. Sans cela, la pression migratoire continuera de grimper. L'Europe, déjà réticente à accueillir, devra composer avec une réalité démographique qui ne faiblit pas. Le continent comptera 2,5 milliards d'habitants en 2050. La question n'est plus de savoir si les gens partiront, mais combien, et dans quelles conditions.
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