Riz en Afrique de l'Ouest : 3,5 milliards de dollars à prendre sur un marché à 40 % importé
L'Afrique de l'Ouest consomme 22 à 24 millions de tonnes de riz blanchi par an, mais n'en produit que 60 %. Un déficit de 10 millions de tonnes que des investisseurs veulent combler.

L'Afrique de l'Ouest mange entre 22 et 24 millions de tonnes de riz blanchi chaque année. Elle n'en produit que 60 %. Le reste arrive par bateau, principalement d'Asie. Ce trou de 9 à 10 millions de tonnes représente une facture d'importation qui pèse sur les réserves de devises de pays comme le Nigeria, le Sénégal ou la Côte d'Ivoire. Le cabinet d'analyse qui publie cette note estime à 3,5 milliards de dollars le potentiel d'investissement pour combler l'écart. Pas dans les rizières existantes, mais dans les maillons faibles : semences améliorées, petites unités de transformation, routes de collecte.
Le Nigeria concentre à lui seul une bonne part de l'enjeu. Le pays consomme environ 7 millions de tonnes de riz par an et en produit autour de 5 millions. Malgré les restrictions sur les importations imposées depuis 2015, les frontières terrestres restent poreuses et le riz étranger continue d'entrer par le Bénin et le Niger. Résultat : les prix locaux restent élevés, et les producteurs nigérians manquent d'incitations pour monter en gamme. La CBN a multiplié les prêts agricoles à taux réduit, mais l'irrigation et le stockage restent le maillon oublié.
Pour la diaspora ouest-africaine, cette dépendance aux importations se traduit directement dans le panier alimentaire. Un sac de 50 kilos de riz local coûte entre 25 000 et 30 000 francs CFA au Sénégal, contre 18 000 à 20 000 il y a cinq ans. La hausse du fret et la dépréciation des monnaies locales par rapport au dollar ont renchéri chaque tonne importée. Les ménages qui reçoivent des transferts voient leur pouvoir d'achat grignoté par cette facture alimentaire. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent ce taux en temps réel sur leurs interfaces, mais le vrai levier reste la production locale.
Les 3,5 milliards de dollars ne se débloqueront pas sans une coordination régionale. La CEDEAO a lancé une stratégie riz pour 2025-2035, mais les États avancent en ordre dispersé. Le Sénégal mise sur la vallée du fleuve, la Côte d'Ivoire sur les bas-fonds de l'Ouest, le Nigeria sur les plaines du Nord. Chacun protège son marché. Tant que les droits de douane et les subventions resteront alignés sur des logiques nationales, l'écart entre consommation et production ne se refermera pas. Les investisseurs qui parient sur le riz ouest-africain devront composer avec cette fragmentation politique autant qu'avec les aléas climatiques.
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