Réforme financière mondiale : les Africaines réclament une place dans l'architecture économique
Malgré des avancées budgétaires nationales, l'architecture financière internationale ignore toujours le travail des femmes africaines. Des économistes féministes réclament une refonte des règles du FMI et de la Banque mondiale.

Les économistes féministes ont remporté des batailles budgétaires dans plusieurs pays africains. Le Kenya a introduit des budgets sensibles au genre dès 2013. Le Rwanda a augmenté ses dépenses dans les infrastructures de soins. Ces victoires restent pourtant locales. Au niveau international, les règles du jeu n'ont presque pas bougé. Le Fonds monétaire international continue de recommander des coupes budgétaires qui pèsent d'abord sur les services publics — crèches, hôpitaux, écoles. Des secteurs où les femmes représentent l'essentiel de la main-d'œuvre.
Le problème tient à un angle mort statistique. Les politiques macroéconomiques ignorent le travail domestique non rémunéré. La cuisine, les soins aux enfants, l'eau à aller chercher : cette production de richesse n'apparaît dans aucun PIB. Pourtant, sans elle, les économies tourneraient au ralenti. Une étude de l'ONU estime que les femmes africaines consacrent en moyenne 3,4 heures par jour à ces tâches contre 1,2 heure pour les hommes. Quand le FMI impose des plafonds salariaux ou réduit les subventions aux carburants, ce sont ces heures invisibles qui absorbent le choc.
À Nairobi, des voix s'élèvent pour changer la donne. Des coalitions d'économistes et de militantes proposent d'intégrer le travail de soin dans les modèles du FMI. L'idée gagne du terrain dans les enceintes onusiennes. Mais les grands actionnaires — États-Unis, Europe, Japon — freinent. Leur priorité reste la stabilité budgétaire à court terme. Résultat : les recommandations de politique économique continuent de traiter les femmes comme une variable d'ajustement, pas comme un moteur de croissance.
La refonte ne se fera pas sans rapport de force. Les pays africains pèsent peu au conseil d'administration du FMI. Leur marge de manœuvre passe par des alliances avec d'autres régions du Sud. Le vrai enjeu : faire reconnaître que l'économie de soin n'est pas un coût, mais une infrastructure. Tant que cette reconnaissance n'aura pas lieu, les budgets nationaux resteront des exceptions dans un système qui, lui, n'a pas changé.
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