Pétrole : le retard de la loi a coûté 235 milliards de dollars au Nigeria
L'ancien président du Sénat Ahmad Lawan affirme que le blocage de la Petroleum Industry Bill a privé le Nigeria de 235 milliards de dollars d'investissements potentiels.

Le Nigeria a laissé filer 235 milliards de dollars. Pas une estimation vague : un chiffre lâché par Ahmad Lawan, ancien président du Sénat, qui pointe le retard légendaire de la Petroleum Industry Bill. Pendant près de deux décennies, le texte a traîné dans les cartons de l'Assemblée nationale, bloquant des projets pétroliers et gaziers que les majors hésitaient à lancer sans cadre fiscal stable. Total, Shell, ExxonMobil : tous ont repoussé des décisions d'investissement en attendant de connaître les règles du jeu.
La loi a finalement été adoptée en 2021, mais le mal était fait. Entre-temps, le Nigeria a perdu sa place de premier producteur de pétrole d'Afrique au profit de l'Angola, puis de la Libye. La production nationale stagne autour de 1,3 million de barils par jour, loin des 2 millions visés. Les raisons ne manquent pas : insécurité dans le delta du Niger, vol de brut, infrastructures vieillissantes. Mais l'incertitude juridique a joué un rôle majeur. Les compagnies préfèrent investir dans des pays où les contrats ne sont pas renégociés tous les quatre matins.
Aujourd'hui, le Nigeria tente de rattraper le temps perdu. La loi de 2021 a créé un cadre plus clair, avec une commission de régulation et des incitations fiscales pour le gaz. Mais la concurrence est rude. Le Sénégal et la Mauritanie viennent d'entrer dans le club des exportateurs de gaz. La Côte d'Ivoire attire les capitaux. Pour le Nigeria, chaque année perdue pèse sur les recettes publiques, donc sur le budget de l'État et sur la capacité du pays à financer ses infrastructures. Les 235 milliards de dollars évoqués par Lawan donnent la mesure du manque à gagner.
Le débat sur la Petroleum Industry Bill reste un cas d'école. Il montre qu'une loi peut coûter plus cher que l'absence de loi, quand elle met trop de temps à voir le jour. Les opérateurs économiques ont besoin de visibilité. Sans elle, ils vont voir ailleurs. Le Nigeria a payé ce prix. Reste à savoir si les leçons ont été tirées pour d'autres secteurs, notamment minier et électrique, où des réformes traînent encore.
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