Pétrole à 100 dollars : le Nigeria encaisse, mais les Nigérians paient
Le Brent a franchi les 100 dollars le baril après la reprise des hostilités entre Washington et Téhéran. Pour le Nigeria, c'est une manne budgétaire doublée d'une facture douloureuse pour les ménages.

Le Brent a passé la barre des 100 dollars le baril cette semaine. En cause : la reprise des hostilités entre les États-Unis et l'Iran, qui menace de prolonger les restrictions sur le trafic pétrolier dans le détroit d'Ormuz. Par où transite chaque jour près d'un cinquième du brut mondial. Le seuil psychologique des 100 dollars n'avait plus été atteint depuis des mois. Le budget nigérian, lui, est calibré sur un baril à 64,85 dollars. L'écart donne la mesure du pactole virtuel qui s'ouvre pour Abuja.
Chaque dollar gagné au-dessus du prix de référence gonfle les recettes pétrolières de l'État fédéral. Le Nigeria tire environ 90 % de ses devises étrangères du brut. À 100 dollars, les caisses fédérales respirent, les réserves de change peuvent regonfler, et le Naira trouve un peu d'air. Mais ce même baril cher se transforme en facture pour le reste du pays. Le carburant importé coûte plus cher, les transporteurs répercutent, et l'inflation alimentaire suit. Les prix à la pompe, déjà libéralisés depuis 2023, absorbent chaque hausse du brut en quelques semaines.
Le paradoxe n'est pas nouveau au Nigeria : le pays exporte du pétrole brut et importe du carburant raffiné. Une raffinerie comme celle de Dangote, à Lekki, réduit la dépendance, mais pas encore assez pour amortir un choc de cette ampleur. Résultat, les recettes publiques montent pendant que le pouvoir d'achat des ménages descend. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, alors que le Naira reste sous pression malgré l'afflux de devises.
La question n'est pas de savoir si Abuja va encaisser, mais combien de temps. Un détroit d'Ormuz bloqué fait monter les prix ; sa réouverture les fait retomber aussi vite. Le Nigeria a connu ce cycle en 2022, quand le brut avait flambé après l'invasion de l'Ukraine, avant de replonger. Les recettes exceptionnelles de cette période n'ont pas suffi à stabiliser le Naira ni à contenir l'inflation. Cette fois encore, la manne risque de repartir avant que les Nigérians n'en sentent les effets dans leur portefeuille.
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