Nigeria : 31 aéroports et 91 pistes qui ne rapportent presque rien au PIB
Roland Iyayi, patron de Topbrass Aviation et membre de l'AON, dénonce une fiscalité excessive et des infrastructures aéroportuaires qui ne créent pas la valeur économique attendue au Nigeria.

Le Nigeria compte 31 aéroports et 91 pistes d'atterrissage. Sur le papier, c'est un réseau dense, capable de connecter un pays de 220 millions d'habitants. Dans les faits, cette infrastructure pèse très peu dans le produit intérieur brut. Roland Iyayi, directeur général de Topbrass Aviation et membre de l'Association des compagnies aériennes du Nigeria, l'a dit sans détour : le pays a construit des aéroports, mais n'a pas bâti une industrie. La faute à quoi ? À des taxes empilées, des redevances multiples et des charges qui étouffent les opérateurs avant même qu'ils ne décollent.
Le problème n'est pas nouveau. Les compagnies nigérianes paient des frais d'atterrissage, des redevances de navigation, des taxes sur le carburant, des prélèvements locaux et fédéraux. Chaque escale devient une addition. Résultat : les billets restent chers, les vols intérieurs peu fréquents, et les passagers se rabattent sur la route. Un trajet Lagos-Abuja en avion coûte souvent plus cher qu'une journée de salaire moyen. Les aéroports régionaux, eux, tournent au ralenti. Beaucoup n'accueillent que quelques vols par semaine. Leur coût d'entretien, lui, reste constant.
Iyayi pointe un cercle vicieux. Moins de vols, moins de recettes aéroportuaires. Moins de recettes, moins d'investissement dans les pistes, les terminaux, la sécurité. Et moins d'investissement, plus de frais pour ceux qui volent encore. Le Nigeria a beau être la première économie d'Afrique de l'Ouest, son transport aérien reste un luxe pour une minorité. Les compagnies étrangères, elles, desservent Lagos et Abuja, mais ignorent la plupart des autres plateformes. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les corridors aériens relient aussi les flux financiers entre Lagos, Cotonou et Abidjan.
La question n'est pas de savoir s'il faut fermer des aéroports, mais comment les faire travailler. Un aéroport qui ne génère ni fret, ni tourisme, ni services annexes coûte plus qu'il ne rapporte. D'autres pays ont transformé leurs plateformes en hubs logistiques, en zones franches, en centres de maintenance. Le Nigeria, lui, continue d'empiler les taxes sur un secteur qui demande d'abord de la lisibilité. Tant que les opérateurs paieront pour voler avant de payer pour grandir, les 31 aéroports resteront des coquilles coûteuses. Le PIB, lui, ne verra pas la différence.
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