Ouganda : la banque centrale relève son taux directeur à 12 %
La Banque d'Ouganda a relevé son taux directeur de 225 points de base pour le porter à 12 %, une décision prise face à la dépréciation du shilling et à la montée des tensions inflationnistes.

La Banque d'Ouganda a frappé fort. Elle a relevé son taux directeur de 225 points de base pour le porter à 12 %, selon une annonce publiée mardi. C'est la deuxième hausse consécutive depuis le début de l'année. Le shilling ougandais a perdu près de 9 % face au dollar depuis janvier, glissant vers 3 950 shillings pour un billet vert. Les réserves de change ont fondu, et les prix des importations — carburant, blé, engrais — pèsent sur le budget des ménages. La banque centrale a choisi de serrer la vis avant que l'inflation ne s'installe durablement.
Cette décision intervient dans un contexte régional tendu. Le Kenya a lui aussi relevé ses taux en début d'année, et la Tanzanie surveille sa monnaie de près. En Ouganda, l'inflation est passée de 3,1 % en janvier à 4,8 % en mai, portée par les prix alimentaires et les coûts de transport. Le gouverneur de la BoU, Michael Atingi-Ego, a expliqué que la hausse vise à contenir les anticipations inflationnistes et à stabiliser le shilling. Les entreprises qui importent des matières premières voient leurs marges se réduire. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts vers l'Afrique de l'Est, même si le FCFA reste une monnaie distincte.
Les économistes s'attendent à ce que cette hausse pèse sur le crédit aux entreprises et aux particuliers. Les banques commerciales vont probablement relever leurs taux d'intérêt, ce qui pourrait ralentir la consommation des ménages. Le secteur agricole, qui dépend largement des avances de trésorerie, sera le premier touché. En revanche, les rendements des bons du Trésor ougandais devraient grimper, attirant les investisseurs étrangers en quête de rendement. La BoU parie sur un retour de la confiance pour enrayer la fuite des capitaux.
Reste à savoir si cette mesure suffira. Le shilling a brièvement repris 1,5 % face au dollar après l'annonce, mais les analystes restent prudents. La pression sur les réserves de change persiste, et les recettes d'exportation — café, thé, or — restent vulnérables aux cours mondiaux. La BoU devra sans doute intervenir à nouveau si l'inflation dépasse les 5 % au troisième trimestre. Pour l'instant, elle envoie un signal clair : elle ne laissera pas sa monnaie dériver sans réagir.
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