Nigeria : sans électricité ni routes, les milliards pour l'industrie ne suffiront pas
Le Nigeria multiplie les financements pour son industrie, mais les contraintes structurelles — électricité, transport, changes — menacent de rendre ces milliards inefficaces.

Le Nigeria empile les milliards pour relancer ses usines. Prêts de la Banque africaine de développement, lignes de crédit de la Banque mondiale, fonds souverains : l'argent afflue vers le secteur manufacturier. Mais sur le terrain, les patrons d'usines à Lagos, Kano ou Aba le disent tous : le problème n'est pas le financement. C'est l'environnement dans lequel ils opèrent. Une usine qui produit à 30 % de sa capacité parce que le courant saute six heures par jour ne sera pas sauvée par un chèque supplémentaire. L'argent sans électricité, c'est une perfusion sur une jambe cassée.
Les contraintes sont connues et documentées. Le Nigeria compte environ 12 000 mégawatts installés pour une demande estimée à plus du double. Les routes vers les ports sont saturées : un conteneur met plus de temps à faire Lagos-Abuja qu'à venir de Shanghai. Les changes multiples ont longtemps pénalisé les industriels qui importent matières premières et machines. La Banque centrale a unifié les taux en 2023, mais l'accès aux devises reste un casse-tête pour beaucoup. Résultat : produire au Nigeria coûte jusqu'à 30 % plus cher qu'au Vietnam ou au Maroc, selon les industriels. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts.
Le gouvernement mise sur des zones économiques spéciales et des incitations fiscales. Sur le papier, c'est séduisant. Dans les faits, les zones existent mais les routes pour y accéder manquent, et l'électricité y est aussi instable qu'ailleurs. Les Dangote, BUA et autres champions locaux investissent massivement, mais ils le font souvent en autoproduisant leur énergie et en construisant leurs propres infrastructures. Ce n'est pas un modèle reproductible pour des milliers de PME. Tant que l'État ne règle pas les fondamentaux — courant stable, transport fiable, fiscalité prévisible —, les capitaux injectés finiront par dormir dans des comptes ou servir à importer ce qu'on pourrait fabriquer.
La leçon est simple : l'argent est nécessaire mais pas suffisant. Le Nigeria a besoin d'un choc de compétitivité structurelle, pas d'un énième fonds. Sans cela, chaque nouvelle enveloppe de financement ressemblera à un cautère sur une jambe de bois. Les usines ne tournent pas avec des promesses budgétaires. Elles tournent avec des watts, des routes et des règles claires.
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