La dette dévore les budgets santé et éducation dans 80 % des pays africains
La Banque mondiale révèle que les gouvernements d'Afrique subsaharienne consacrent plus d'argent aux intérêts de la dette qu'à la santé ou à l'éducation dans près de quatre pays sur cinq.

La Banque mondiale a publié un constat qui devrait faire réfléchir les ministres des Finances du continent. Dans près de 80 % des pays d'Afrique subsaharienne, les paiements d'intérêts sur la dette publique dépassent désormais les budgets alloués à la santé ou à l'éducation. Autrement dit, une part croissante des recettes fiscales part directement rembourser des créanciers, sans passer par les hôpitaux ni les salles de classe. Le phénomène touche aussi bien les économies moyennes que les plus fragiles, et il s'aggrave depuis la pandémie de Covid-19.
Le mécanisme est connu. Les États ont emprunté massivement pour faire face à la crise sanitaire, puis les taux d'intérêt mondiaux ont grimpé. Résultat : la facture du service de la dette a explosé, alors que les recettes, elles, n'ont pas suivi le même rythme. Dans plusieurs pays, les autorités doivent choisir entre payer les fonctionnaires, acheter des médicaments ou honorer les échéances auprès du FMI, de la Chine ou des marchés privés. Ce choix cornélien étouffe les investissements dans les infrastructures et l'éducation, pourtant essentiels à la croissance future.
Cette contrainte budgétaire pèse aussi sur les monnaies locales. Quand un État doit dégager des devises fortes pour rembourser sa dette extérieure, il exerce une pression supplémentaire sur le Naira, le Cedi ou le Shilling. Les banques centrales puisent dans leurs réserves, ce qui limite leur capacité à lisser les fluctuations de change. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les taux de change officiels et parallèles s'écartent davantage.
La Banque mondiale recommande une restructuration plus rapide des dettes et un allègement pour les pays les plus vulnérables. Mais les négociations traînent, et chaque mois de retard creuse un peu plus le trou. Sans un sursaut coordonné, le risque est de voir se multiplier les coupes dans les dépenses sociales, avec des conséquences directes sur la pauvreté et la stabilité politique. Les prochaines réunions du G20 et du FMI seront scrutées de près par les capitales africaines.
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