Nigeria : où sont les entreprises cotées construites par des femmes ?
Aliko Dangote a inauguré lundi la salle de marché du Nigerian Exchange Group à Lagos. Mais dans ce temple de la finance, les entreprises fondées par des femmes restent une rareté statistique.

Lundi matin, Aliko Dangote a coupé le ruban de la nouvelle salle de marché du Nigerian Exchange Group à Lagos. L'homme le plus riche d'Afrique a posé aux côtés des dirigeants de la Bourse nigériane. L'événement a fait la une des médias économiques. Mais une question simple est restée sans réponse : combien d'entreprises cotées à Lagos ont été construites par des femmes ? Personne n'a jamais pris la peine de les compter. Une journaliste nigériane a tenté l'exercice. Le constat est brut : sur les quelque 150 sociétés cotées, on peut compter sur les doigts d'une main celles dont une femme est fondatrice ou principale architecte.
Le Nigerian Exchange Group, comme la plupart des Bourses africaines, reste un club très masculin. Les introductions en bourse sont dominées par des conglomérats, des banques, des entreprises de télécoms — des secteurs où les femmes accèdent rarement aux postes de fondatrices. Les statistiques officielles n'aident pas : la NGX ne publie aucun indicateur genré sur la propriété des sociétés cotées. Cette absence de données n'est pas anodine. Elle masque une réalité économique : les femmes créent des entreprises, mais elles les gardent petites, informelles, ou les vendent avant qu'elles n'atteignent la taille critique pour être cotées. Le problème n'est pas l'ambition. C'est l'accès au capital, aux réseaux, aux marchés publics.
Pourtant, des exemples existent. On peut citer Folorunso Alakija, fondatrice de Famfa Oil, mais son empire pétrolier n'est pas coté. Ou encore les banques dirigées par des femmes — comme Access Bank sous la houlette de Bolaji Agbede — mais elles ont été fondées par des hommes. La Bourse de Lagos a lancé des programmes pour attirer plus de femmes dans les conseils d'administration. Les résultats restent timides. Sur les conseils des sociétés cotées, la part des femmes plafonne autour de 25 %, selon les rares études disponibles. Et être administratrice n'est pas être fondatrice.
Cette invisibilité a un coût. Elle prive l'économie nigériane de modèles, de récits, de success stories qui pourraient inspirer. Elle fausse aussi l'analyse : quand on parle des « entreprises nigérianes », on oublie la moitié du pays. La nouvelle salle de marché de Lagos est flambant neuve. Mais tant que les femmes resteront absentes des étages où l'on décide des cotations, le marché nigérian continuera de passer à côté d'une partie de sa propre croissance.
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