Nigeria mise sur l'élevage et le cuir pour doper ses exportations hors pétrole
Le gouvernement nigérian veut attirer des investissements privés dans la transformation du bétail, la filière cuir et la production de fourrage pour réduire la dépendance aux recettes pétrolières.

Le ministre de l'Élevage, Idi Maiha, a lancé jeudi un appel aux investisseurs privés depuis Abuja, à l'occasion de l'exposition AGROMEQA 2026. Il veut voir l'argent affluer dans trois segments précis : la transformation du bétail, la fabrication du cuir et la production de fourrage. L'objectif affiché est simple : réduire la dépendance du Nigeria aux recettes pétrolières en développant des filières capables de générer des devises par l'exportation. Le pays importe encore massivement ce qu'il pourrait produire localement, du lait en poudre aux peaux traitées.
La filière cuir illustre bien le paradoxe nigérian. Le pays élève des millions de têtes de bétail, mais exporte une grande partie de ses peaux brutes avant de racheter des produits finis à l'étranger. Chaque étape intermédiaire — tannage, teinture, confection — représente de la valeur ajoutée qui échappe aujourd'hui à l'économie locale. Le ministre veut inverser cette logique en attirant des usines sur le sol nigérian. Les éleveurs du nord, eux, attendent des débouchés stables pour ne plus dépendre des intermédiaires qui fixent les prix.
Le fourrage constitue le maillon faible de toute la chaîne. Sans alimentation animale abordable et régulière, les troupeaux maigrissent en saison sèche et les rendements s'effondrent. Investir dans des unités de production de fourrage, c'est sécuriser l'amont avant de parler d'exportation. Le gouvernement promet des incitations, mais les opérateurs attendent surtout des routes praticables, de l'électricité fiable et un accès au crédit qui ne les étrangle pas.
Sur le papier, le Nigeria possède le premier cheptel d'Afrique de l'Ouest. Dans les faits, la filière reste fragmentée, informelle et sous-financée. Les recettes hors pétrole progressent, mais lentement. Sans infrastructures de transformation et sans mécanismes de financement adaptés aux réalités des éleveurs, l'appel du ministre restera une intention. La balle est désormais dans le camp des investisseurs — et dans celui des banques qui doivent accepter de prêter à une filière qu'elles connaissent mal.
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