Nigeria : les soins de santé pèsent lourd sur les ménages, les prestataires réclament une réforme de l'assurance
Les prestataires de soins nigérians demandent une refonte urgente de l'assurance santé alors que les dépenses directes des patients représentent plus de 71 % du financement total des soins, un fardeau qui étouffe les ménages.

Au Nigeria, se soigner reste un luxe que peu de familles peuvent s'offrir sans se ruiner. Les prestataires de santé tirent la sonnette d'alarme : plus de 71 % des dépenses de santé sortent directement des poches des patients, selon les chiffres qu'ils citent. Ce taux, parmi les plus élevés au monde, signifie que l'assurance maladie ne couvre qu'une frange infime de la population. Résultat, beaucoup attendent que la douleur devienne insupportable avant de consulter, ou renoncent purement et simplement aux traitements. Les cliniques privées, elles, voient leurs factures impayées s'accumuler.
Les professionnels réclament donc une réforme en profondeur de l'assurance santé. Ils proposent notamment d'élargir la couverture obligatoire au-delà des seuls salariés du secteur formel, qui représentent une minorité de la population active. Dans un pays où l'économie informelle pèse plus de la moitié du PIB, le système actuel exclut de fait des millions de travailleurs indépendants, artisans et petits commerçants. Les prestataires plaident aussi pour un mécanisme de remboursement plus rapide et moins bureaucratique, afin que les hôpitaux ne portent plus seuls le poids des impayés.
Le débat intervient alors que l'inflation galopante — plus de 30 % en glissement annuel — renchérit le coût des médicaments et du matériel médical, dont une grande partie est importée. La dépréciation du naira face au dollar a mécaniquement augmenté les factures des importateurs, et donc les prix pratiqués par les pharmacies et les cliniques. Pour les ménages, chaque consultation coûte plus cher qu'il y a un an, alors que leurs revenus stagnent. Cette pression supplémentaire rend la réforme de l'assurance d'autant plus urgente aux yeux des soignants.
Sur le terrain, les initiatives locales se multiplient pour combler le vide. Des mutuelles communautaires émergent dans certains États, portées par des associations professionnelles ou des coopératives. Mais leur échelle reste marginale face à l'ampleur des besoins. Sans une intervention publique plus massive, le financement des soins continuera de reposer sur les épaules des patients, avec les conséquences sanitaires et économiques que l'on connaît : diagnostics tardifs, endettement des familles, et perte de productivité pour le pays tout entier.
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