Nigeria : les fonds de portefeuille captent 95 % des entrées de capitaux, les IDE stagnent
Les investissements de portefeuille ont représenté 95 % des 10,37 milliards de dollars entrés au Nigeria, selon l'AERE. Les investissements directs étrangers, eux, restent bloqués à un niveau marginal.

Le Nigeria a attiré 10,37 milliards de dollars de capitaux étrangers sur la période étudiée. Un chiffre qui impressionne jusqu'à ce qu'on regarde la répartition. Les investissements de portefeuille — actions, obligations, bons du Trésor — en représentent environ 95 %, selon les données compilées par l'AERE. Autrement dit, l'argent qui entre dans le pays est massivement de l'argent qui peut repartir du jour au lendemain.
Les investissements directs étrangers, ceux qui construisent des usines, financent des chaînes de production ou créent des emplois durables, stagnent. Ils ne pèsent qu'une fraction résiduelle de ces flux. Le contraste avec les années 2010 est net : à l'époque, les multinationales pétrolières et les groupes de télécoms injectaient des milliards dans le pays. Aujourd'hui, elles freinent. Les raisons ne manquent pas : taux de change instable, difficultés à rapatrier les capitaux, incertitude réglementaire. Un investisseur qui hésite entre ouvrir une usine à Lagos ou acheter des obligations du Trésor nigérian à 18 % de rendement n'hésite pas longtemps. Il choisit le titre. Et il peut le revendre demain.
Cette structure expose le Nigeria à un risque de retournement brutal. Si les taux d'intérêt baissent ou si le Naira se déprécie trop vite, les fonds de portefeuille sortent aussi rapidement qu'ils sont entrés. Le pays l'a déjà vécu en 2020 et en 2022. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts : moins de capitaux stables, c'est plus de pression sur les réserves de change et, à terme, sur le taux FCFA-Naira que les opérateurs surveillent de près.
Le Nigeria ne manque pas d'atouts pour attirer des IDE : un marché de 220 millions d'habitants, une classe moyenne urbaine, des besoins énormes en énergie et en infrastructures. Mais tant que les investisseurs ne pourront pas convertir leurs profits en dollars sans délai ni décote, ils continueront de préférer les allers-retours sur les marchés financiers. Le pays a besoin de capitaux patients. Pour l'instant, il récolte des capitaux nerveux.
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