Nigeria : le coût du crédit freine l'industrialisation agricole
Le directeur général de Johnvents Group estime que les taux d'intérêt élevés empêchent les transformateurs agricoles de passer à l'échelle, alors que le pays exporte encore trop de matières premières brutes.

Le Nigeria transforme une infime partie de ce qu'il produit. La banane, le cacao, le soja ou le manioc partent souvent bruts vers l'étranger, faute d'usines capables de les valoriser sur place. Johnvents Group, l'un des principaux acteurs de l'agro-industrie nigériane, en fait l'expérience quotidienne. Son directeur général, cité par Nairametrics, pointe un obstacle précis : le coût du financement. Emprunter pour construire une usine ou acheter des machines coûte aujourd'hui trop cher pour que les projets de transformation atteignent une taille critique.
Les taux directeurs de la Banque centrale du Nigeria (CBN) restent élevés pour contenir l'inflation, et les banques répercutent cette rigueur sur les crédits aux entreprises. Résultat : un transformateur qui veut investir dans une ligne de conditionnement ou une chaîne de froid doit supporter des intérêts qui dépassent souvent sa marge prévisionnelle. Dans ce contexte, les projets restent petits, sous-dimensionnés, et le pays continue d'importer des produits finis qu'il pourrait fabriquer lui-même. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car elle pèse sur l'ensemble de la chaîne de valeur agricole et donc sur les revenus locaux.
Le problème ne date pas d'hier, mais il s'aggrave à mesure que le Naira se déprécie et que les taux restent hauts. Les entreprises hésitent à s'endetter à long terme, préfèrent financer sur fonds propres ou renoncent. Pourtant, le potentiel est là : le Nigeria dispose de terres, de main-d'œuvre et d'une demande intérieure massive. Ce qui manque, c'est un crédit abordable et stable, sur cinq ou dix ans, pour amortir des équipements lourds. Sans cela, les transformateurs resteront des PME et le pays continuera de perdre la valeur ajoutée de ses récoltes.
La CBN a lancé plusieurs programmes de refinancement agricole, mais les montants restent limités face aux besoins. Les opérateurs réclament des taux plus bas et des garanties publiques pour sécuriser les prêts. En attendant, Johnvents et ses concurrents avancent à petits pas, en autofinançant leurs extensions. Le vrai test sera la capacité du pays à faire baisser l'inflation sans étouffer le crédit productif. Pour l'instant, le compte n'y est pas, et la transformation agricole nigériane reste un chantier ouvert.
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