Nigeria : la congestion portuaire et les 53 heures d'attente aux frontières freinent les exportations
Les exportateurs nigérians perdent des heures, parfois des jours, aux frontières et dans les ports. Les experts réclament des infrastructures modernisées pour capter les 3 400 milliards de dollars du marché africain.

Les marchandises nigériannes mettent en moyenne 53 heures pour franchir une frontière terrestre. Dans les ports, les files d'attente s'étirent sur des jours. Ce n'est pas une vue de l'esprit : les opérateurs le vivent chaque semaine. Le pays veut exporter plus, mais ses corridors logistiques ne suivent pas. Résultat, des camions chargés de produits agricoles ou manufacturés poireautent pendant que les concurrents ghanéens ou ivoiriens prennent les marchés. La congestion portuaire à Lagos, porte d'entrée de 70 % du commerce du pays, aggrave le tableau. Les experts réunis cette semaine à Abuja n'ont pas mâché leurs mots : sans modernisation, le Nigeria laissera filer les opportunités de la Zlecaf.
Le marché africain intégré représente 3 400 milliards de dollars selon les estimations de la Banque mondiale. Pour en capter une part, il ne suffit pas de produire. Il faut livrer à temps. Or, un exportateur de Kano qui vise le Niger ou le Tchad perd une journée entière à la frontière de Jibiya, dans l'État de Katsina. Les postes frontaliers à guichet unique, promis par plusieurs gouvernements, restent à l'état de projet. Les routes, elles, se dégradent. Le coût du transport explose, et les marges fondent. Les experts appellent à des corridors commerciaux solides, capables d'absorber les flux sans rupture de charge.
Les États nigérians, eux, ont les ressources. C'est ce qu'ont martelé les participants : les budgets locaux peuvent financer des infrastructures de base, mais la coordination manque. Chaque État veut son port sec, son poste frontière, sans vision d'ensemble. Pendant ce temps, les pays voisins avancent. Le Bénin a rénové le corridor de Cotonou. Le Togo mise sur Lomé. Le Nigeria, premier PIB du continent, reste englué dans ses propres goulets. Pour la diaspora et les commerçants qui échangent avec la sous-région, ces retards se traduisent directement en coûts supplémentaires sur les marchandises importées ou exportées.
La balle est dans le camp des autorités fédérales et des gouverneurs. Moderniser les ports, fluidifier les frontières, connecter les routes : ce sont des décisions politiques, pas des vœux pieux. Le secteur privé, lui, attend des actes. Les 3 400 milliards de dollars de la Zlecaf ne tomberont pas du ciel. Ils iront à ceux qui livrent vite et bien. Pour l'instant, le Nigeria regarde passer les camions.
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