Nigeria : la compétitivité économique se joue d'abord au port
Alors que les pays se disputent investissements et industries, la performance des infrastructures portuaires nigérianes devient un facteur décisif de compétitivité face aux économies voisines.

Le Nigeria ne pourra pas attirer les usines et les capitaux tant que ses marchandises resteront bloquées à quai. La dépêche le rappelle sans détour : la compétitivité d'une économie commence à la porte du port. Apapa, Tin Can, Onne — ces noms reviennent dans toutes les discussions entre industriels. Les files de camions qui s'étirent sur des kilomètres à Lagos ne sont pas qu'une nuisance urbaine. Elles coûtent du temps, donc de l'argent. Un conteneur qui met trois semaines à sortir du port au lieu de trois jours, c'est une commande perdue, un client qui se tourne vers Accra ou Cotonou.
Le pays a lancé des réformes, numérisé certaines procédures, dragué des chenaux. Mais les résultats restent en deçà des promesses. Les opérateurs privés qui gèrent les terminaux pointent la lenteur des douanes, la vétusté des routes d'accès, la multiplication des points de contrôle. Pendant ce temps, le port de Lomé ou celui de Tema grignotent des parts de marché sur le transit vers le Sahel. Le Nigeria perd des recettes douanières et, plus grave, des opportunités industrielles. Une usine qui s'installe préfère un port fluide, même si la main-d'œuvre coûte un peu plus cher.
La question dépasse la seule logistique. Les recettes pétrolières baissent, la population croît vite, et l'État cherche des relais de croissance dans la manufacture et l'agro-industrie. Sans ports efficaces, ces secteurs restent fragiles. Les exportateurs de cajou, de sésame ou d'engrais naturels le savent : chaque jour de retard ampute la marge. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car une économie qui tourne mieux soutient la valeur du Naira et donc le pouvoir d'achat des envois en FCFA.
Les autorités nigériennes parlent d'un plan décennal pour moderniser les corridors. Les bailleurs internationaux financent des études, des routes, des systèmes informatiques. Mais tant que les camions feront la queue à l'entrée d'Apapa, la compétitivité restera un slogan. Le vrai test n'est pas dans les discours : il est dans le chronomètre d'un importateur qui attend sa marchandise.
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