Nigeria : dix ans de chocs économiques ont vidé le pouvoir d'achat des ménages
Dépréciation du naira, inflation galopante, fin des subventions sur l'essence et taux d'intérêt élevés ont rogné le pouvoir d'achat des Nigérians, alors que salaires et recettes publiques affichaient des hausses nominales.

En dix ans, le Nigeria a changé de visage économique sans que les Nigérians y gagnent en pouvoir d'achat. Le naira s'est effondré face au dollar, l'inflation a grimpé en flèche et la suppression de la subvention sur l'essence en 2023 a fait bondir le prix du carburant à la pompe. Résultat : un salaire qui semblait correct en 2015 ne permet plus de couvrir les dépenses de base aujourd'hui. Les ménages arbitrent désormais entre transport, nourriture et électricité, trois postes qui ont absorbé l'essentiel de la hausse des prix.
La dépréciation monétaire a amplifié le phénomène. Le naira est passé de 199 pour un dollar en 2015 à plus de 1 500 sur le marché officiel aujourd'hui, après plusieurs ajustements du taux de change décidés par la Banque centrale du Nigeria. Mécaniquement, tout ce qui est importé — riz, blé, médicaments, pièces détachées — a renchéri. Les entreprises ont répercuté ces coûts sur les prix de vente, alimentant une spirale inflationniste que la hausse des taux directeurs n'a pas encore enrayée. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts et sur la valeur réelle des sommes envoyées au pays.
Les chiffres macroéconomiques racontent pourtant une autre histoire. Le produit intérieur brut a progressé, les recettes fiscales ont augmenté et la Bourse de Lagos a enregistré des performances remarquables. Mais cette richesse s'est concentrée dans les mains d'une minorité : les investisseurs capables de se couvrir contre l'inflation, les exportateurs qui facturent en devises, les banques qui profitent des taux élevés. Pour le salarié du secteur informel, qui représente plus de 80 % de l'emploi, la réalité est tout autre. Son revenu nominal a peut-être grimpé, mais son panier de courses, lui, a fondu.
Le Nigeria n'est pas le seul pays africain à vivre ce décrochage entre croissance affichée et vie quotidienne. Mais l'ampleur des chocs subis depuis 2015 — récession, pandémie, chute du pétrole, réforme du change — rend le cas nigérian particulièrement instructif. La question qui se pose désormais n'est plus de savoir si l'économie va croître, mais si cette croissance finira par se traduire en pouvoir d'achat pour ceux qui la produisent. Pour l'instant, la réponse est non.
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