Nigeria : cinq États captent un tiers des 10 960 milliards de nairas distribués au premier semestre
Lagos et Delta en tête, cinq États ont raflé 33 % des allocations fédérales du premier semestre 2025, selon les données du FAAC. Une concentration qui interroge l'équilibre fiscal du pays.

Les chiffres du Comité de répartition des revenus fédéraux (FAAC) pour le premier semestre 2025 sont tombés : sur les 10 960 milliards de nairas distribués aux 36 États et au District fédéral, cinq États ont encaissé à eux seuls 33 % du total. Lagos et Delta mènent la danse, suivis de près par Rivers, Akwa Ibom et Bayelsa. Ce déséquilibre n'est pas une surprise : il reflète la structure même des revenus pétroliers, dont une partie est reversée aux États producteurs selon le principe de dérivation. Les États du Delta du Niger captent ainsi une part disproportionnée des recettes, tandis que Lagos, poids lourd économique du pays, profite de sa base fiscale interne.
Pour les États les moins dotés, la situation est plus délicate. Kano, Katsina ou Sokoto, pourtant parmi les plus peuplés, reçoivent des allocations bien inférieures à leurs besoins. Résultat : des infrastructures qui stagnent, des salaires publics parfois versés en retard et une dépendance quasi totale aux transferts fédéraux. Cette concentration des ressources alimente les tensions politiques, à l'heure où plusieurs gouverneurs réclament une révision de la formule de partage. Le sujet revient régulièrement sur la table, sans qu'aucune réforme d'ampleur n'ait abouti depuis des années.
La question monétaire n'est jamais loin. Avec un naira qui a perdu près de 70 % de sa valeur depuis juin 2023, les allocations fédérales, bien que nominalement élevées, perdent de leur pouvoir d'achat. Les États qui importent la majorité de leurs biens de consommation ressentent durement cette érosion. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts vers le Nigeria, où chaque naira compte davantage pour les familles bénéficiaires.
Au-delà des montants, c'est la soutenabilité du système qui est en jeu. Le FAAC dépend à 70 % des recettes pétrolières, elles-mêmes vulnérables aux cours du brut et aux vols de pipelines. Tant que la manne pétrolière restera la principale source de financement des États, les écarts de dotation persisteront et les plus fragiles resteront à la merci des fluctuations. Une réforme fiscale plus large, incluant une meilleure mobilisation des impôts locaux, semble la seule voie pour corriger ces déséquilibres structurels.
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