Nigeria : le coût du crédit et de la production étouffe les industriels
Les fabricants nigérians tirent la sonnette d'alarme face à la hausse des coûts du crédit et de la production, qui menace la reprise économique amorcée après les réformes de change et de fiscalité.

Les industriels nigérians traversent une passe difficile. Entre la flambée des taux d'intérêt et la hausse des coûts de production, beaucoup voient leurs marges fondre. Selon les dernières données, le taux de prêt de la Banque centrale du Nigeria (CBN) dépasse 30 %, un niveau qui asphyxie les entreprises locales. À Lagos, dans la zone industrielle d'Ikeja, plusieurs PME ont réduit leur production de moitié faute de trésorerie. Les matières premières importées coûtent plus cher, et l'énergie n'épargne personne.
La réforme fiscale promise par le gouvernement suscitait pourtant un certain optimisme. Un dirigeant d'entreprise confiait récemment à Vanguard : "Le taux de change, la réforme fiscale nous ont donné l'espoir d'avoir un système qui soutient la productivité et l'encourage." Mais cet espoir s'effrite face à la réalité du crédit. Les banques, prudentes, exigent des garanties toujours plus lourdes. Résultat : les investissements sont reportés, les embauches gelées. Pour la diaspora ouest-africaine, cette situation complique aussi les affaires : les transferts de fonds vers les entreprises locales arrivent dans un contexte où chaque naira compte plus que jamais.
Les secteurs les plus touchés sont le textile, la plasturgie et l'agroalimentaire. À Kano, les tanneries tournent au ralenti. À Aba, les ateliers de chaussures réduisent leurs commandes de cuir. Même les grands groupes comme Dangote ressentent la pression, malgré leur taille. La CBN justifie sa politique monétaire restrictive par la nécessité de juguler l'inflation, qui dépasse encore 20 %. Mais les industriels, eux, parlent d'un cercle vicieux : sans crédit abordable, pas de production ; sans production, pas de croissance ; sans croissance, l'inflation reste élevée.
Cette crise du crédit intervient au moment où le Nigeria tente de diversifier son économie au-delà du pétrole. Les réformes structurelles, comme la suppression des subventions aux carburants et l'unification des taux de change, ont créé un choc initial. Mais sans un accès au financement à des conditions soutenables, la reprise risque de s'enliser. Les prochains mois seront décisifs : si la CBN assouplit sa politique, les industriels pourront souffler. Sinon, le pays pourrait voir une vague de fermetures d'usines, avec des conséquences sociales lourdes. Pour les observateurs, l'équation est simple : il faut que le crédit redevienne un levier, pas un frein.
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