Les industriels nigérians réclament un fonds de 1 000 milliards de nairas
Face à la hausse des taux et à la chute du naira, les manufacturiers nigérians demandent la libération immédiate d'un fonds de stabilisation de 1 000 milliards de nairas pour éviter la fermeture d'usines.

Les fabricants nigérians montent au créneau. Ils réclament la libération immédiate d'un fonds de stabilisation de 1 000 milliards de nairas, soit environ 650 millions de dollars, pour enrayer la fermeture d'usines dans le pays. La demande a été formulée cette semaine par le Manufacturing Association of Nigeria (MAN), qui regroupe les principaux industriels du pays. En cause : des taux d'intérêt qui dépassent les 30 %, un naira qui a perdu près de 70 % de sa valeur depuis juin 2023, et une inflation qui ronge les marges. Résultat, plusieurs entreprises ont déjà mis la clé sous la porte ou réduit leur production.
Le secteur manufacturier ne représente plus que 8 % du PIB nigérian, contre 15 % dans les années 1990. Les raisons sont connues : coûts énergétiques exorbitants, infrastructures défaillantes, et surtout un accès au crédit devenu prohibitif. La Banque centrale du Nigeria (CBN) a relevé son taux directeur à 27,5 % pour tenter de contenir l'inflation, mais cette politique étrangle les entreprises qui ont besoin de financer leurs stocks et leurs équipements. Pour les industriels, le fonds de 1 000 milliards de nairas servirait à accorder des prêts à taux réduit et à stabiliser les chaînes d'approvisionnement.
Cette crise manufacturière a des répercussions directes sur les ménages et sur les transferts de la diaspora. Quand les usines ferment, ce sont des milliers d'emplois qui disparaissent et des produits locaux qui deviennent plus chers ou introuvables. Pour les Nigérians de l'étranger qui envoient de l'argent au pays, la dépréciation du naira a un effet ambivalent : leurs envois en devises fortes valent plus en nairas, mais l'inflation galopante réduit leur pouvoir d'achat réel. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent ce taux en temps réel sur leurs interfaces, permettant aux expéditeurs de suivre l'évolution du change.
Reste à savoir si le gouvernement de Bola Tinubu accédera à cette demande. Le ministre de l'Industrie, Doris Uzoka-Anite, a évoqué des discussions en cours, sans donner de calendrier. Les industriels, eux, préviennent : sans action rapide, la saignée va s'accélérer. Le Nigeria importe encore massivement des biens qu'il pourrait produire localement. Chaque usine qui ferme éloigne un peu plus le pays de son objectif de diversification économique. La balle est dans le camp de la CBN et du ministère des Finances.
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