Les banques centrales africaines renouent avec les hausses de taux
L'Égypte, l'Ouganda et la Namibie ont relevé leurs taux directeurs de 350 points de base en octobre, signe d'une inflation qui repart sous la pression des carburants et des monnaies.

L'Égypte, l'Ouganda et la Namibie ont frappé fort en octobre. À elles trois, leurs banques centrales ont relevé leurs taux directeurs de 350 points de base. La Banque centrale d'Égypte a ouvert le bal avec une hausse de 200 points, suivie par l'Ouganda (100 points) et la Namibie (50 points). Ce mouvement coordonné marque un retournement après des mois de statu quo, voire de baisses timides. Les raisons sont les mêmes partout : les prix des carburants restent élevés et les monnaies locales plient sous la pression du dollar. Le coût de l'essence à la pompe, du transport et des importations se répercute directement sur l'indice des prix. Pour les ménages, la facture s'alourdit avant même que les effets des hausses de taux ne se fassent sentir.
En Égypte, la livre a perdu près de 20 % face au dollar depuis mars, et l'inflation frôle les 40 % en glissement annuel. Le gouvernement a dû augmenter les prix des carburants à trois reprises cette année, une décision impopulaire mais nécessaire pour contenir le déficit budgétaire. L'Ouganda, moins exposé, subit néanmoins la hausse des prix des denrées alimentaires et des transports. La Namibie, dont la monnaie est arrimée au rand sud-africain, importe l'inflation de son voisin. Dans ce contexte, les banques centrales n'ont guère le choix : relever les taux pour tenter de freiner la demande et stabiliser les changes. Mais la tâche est délicate, car la croissance reste fragile dans plusieurs de ces pays.
Cette vague de resserrement monétaire intervient alors que la Réserve fédérale américaine maintient ses taux élevés, attirant les capitaux vers les actifs en dollars. Les pays africains qui ont besoin de financement extérieur voient leurs coûts d'emprunt grimper. Pour les opérateurs économiques, la hausse des taux directeurs se traduit par un crédit plus cher et un accès plus difficile au financement. Les petites entreprises, déjà éprouvées par la pandémie, peinent à absorber ce choc. Les banques, elles, ajustent leurs conditions et deviennent plus sélectives. Dans les rues de Kampala ou du Caire, les commerçants constatent une baisse du pouvoir d'achat et adaptent leurs prix en conséquence.
Les prochains mois s'annoncent tout aussi incertains. Si les prix du pétrole restent au-dessus de 80 dollars le baril, la pression sur les monnaies et les budgets publics ne faiblira pas. Les banques centrales pourraient être contraintes d'aller plus loin, au risque d'étouffer la reprise. L'Égypte, qui négocie un nouveau programme avec le FMI, doit composer avec une dette extérieure colossale. L'Ouganda et la Namibie, plus petits, disposent de moins de marges de manœuvre. Une chose est sûre : la bataille contre l'inflation n'est pas terminée, et les taux ne sont pas près de redescendre.
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