Le shilling kényan, une monnaie sous contrôle mais sous tension
Le shilling kényan évolue dans une bande de fluctuation étroite depuis seize mois, une stabilité qui intrigue les investisseurs et masque des pressions sous-jacentes sur l'économie kényane.

Depuis seize mois, le shilling kényan bouge à peine. La devise s'échange dans une fourchette si serrée que les traders de Nairobi plaisantent sur un taux « administré » plutôt que déterminé par le marché. La Banque centrale du Kenya intervient régulièrement pour lisser les variations, vendant ou achetant des dollars afin de maintenir le cours autour de 129 shillings pour un dollar. Cette stabilité tranche avec les montagnes russes du naira nigérian ou du cedi ghanéen, qui ont perdu respectivement 70 % et 30 % face au billet vert en deux ans.
Derrière cette apparente sérénité, les fondamentaux restent fragiles. Les réserves de change du Kenya ont fondu de 1,2 milliard de dollars en un an, passant sous la barre des 7 milliards, soit à peine quatre mois d'importations. Le pays continue de rembourser sa dette extérieure, notamment un eurobond de 2 milliards de dollars arrivé à échéance en juin. Pour tenir le change, Nairobi a dû emprunter auprès du FMI et lancer une eurobond en février, une opération saluée par les marchés mais qui alourdit la facture des intérêts.
Les Kenyans, eux, vivent une autre réalité. L'inflation a dépassé 7 % en glissement annuel, tirée par les prix des denrées alimentaires et du carburant. Les importateurs de biens d'équipement ou de pétrole voient leurs coûts grimper, même si le shilling ne bouge pas. Pour la diaspora kényane, qui envoie chaque année près de 4 milliards de dollars au pays, cette stabilité relative du taux de change officiel ne reflète pas toujours les taux pratiqués sur le terrain, où les bureaux de change appliquent des marges plus larges.
La question qui monte à Nairobi : combien de temps la Banque centrale pourra tenir ce cap ? Avec des réserves en baisse et une dette extérieure qui atteint 60 % du PIB, le pays joue une partie délicate. Une dévaluation brutale serait douloureuse, mais un maintien forcé du taux pourrait épuiser les réserves et décourager les investisseurs étrangers. Le shilling n'a peut-être jamais été aussi stable, mais cette stabilité a un prix.
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