Le cacao nigérian transformé se heurte aux droits de douane européens
Le Nigeria veut transformer son cacao avant de l'exporter, mais l'Union européenne taxe davantage le beurre et la poudre de cacao que les fèves brutes, ce qui pénalise les broyeurs locaux.

Le Nigeria produit environ 280 000 tonnes de cacao par an, dont la grande majorité part encore sous forme de fèves brutes vers l'Europe et l'Asie. Depuis quelques années, Abuja pousse pour que les industriels transforment sur place une partie de cette récolte : beurre, poudre, chocolat. L'idée est simple : capter la valeur ajoutée, créer des emplois et réduire la dépendance aux cours mondiaux des matières premières. Mais sur le terrain, les broyeurs nigérians se heurtent à un mur tarifaire à Bruxelles.
L'Union européenne applique des droits de douane plus élevés sur les produits transformés que sur les fèves brutes. Résultat : un industriel qui exporte du beurre de cacao vers Rotterdam paie plus cher qu'un négociant qui expédie des sacs de fèves. Ce différentiel, qui peut atteindre plusieurs points de pourcentage, rogne les marges des transformateurs locaux et décourage les investissements dans les usines. Pourtant, le Nigeria dispose d'atouts : une main-d'œuvre jeune, des zones industrielles près des ports et une demande mondiale croissante pour le beurre de cacao, tirée par le chocolat et les cosmétiques.
La question tarifaire n'est pas propre au cacao. Elle touche aussi le sésame, l'huile de palme ou le caoutchouc transformé. Pour les opérateurs ouest-africains, l'enjeu est de taille : sans accès préférentiel au marché européen, la transformation locale reste moins rentable que l'export brut. Des discussions existent entre Abuja et Bruxelles dans le cadre des accords de partenariat économique, mais elles avancent lentement. En attendant, certains broyeurs nigérians choisissent de contourner l'obstacle en exportant vers l'Asie ou en ciblant le marché régional, où la demande en produits transformés progresse.
Le Nigeria a les moyens de devenir un hub de transformation du cacao en Afrique de l'Ouest, mais il lui faut régler cette distorsion tarifaire. Sans quoi, les usines resteront sous-utilisées et les fèves continueront de partir brutes, faute de débouchés compétitifs. La balle est dans le camp des négociateurs européens et nigérians, sous la pression des industriels qui réclament des règles du jeu plus équitables.
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