74 % des startups tech nigérianes gardent un pied aux États-Unis
Un rapport révèle que près de trois quarts des jeunes pousses technologiques nigérianes sont incorporées aux États-Unis ou y conservent des liens, une parade à la volatilité du naira et aux exigences des investisseurs.

Le chiffre tombe comme un constat sans appel : 74 % des startups technologiques nigérianes entretiennent des liens directs avec les États-Unis. Le rapport, relayé par Punch, ne parle pas de simples bureaux de représentation. Il s'agit le plus souvent d'une incorporation dans le Delaware ou d'une structure holding américaine, choisie dès les premiers tours de table. La pratique n'est pas nouvelle dans l'écosystème de Lagos, d'Abuja ou de Port Harcourt, mais son ampleur surprend. Elle concerne désormais les jeunes pousses de la fintech, de la santé numérique comme de la logistique. Autrement dit, le réflexe américain s'est banalisé bien au-delà des seules licornes.
La raison tient en un mot : le naira. Sa dépréciation, entamée en 2023 après la libéralisation du marché des changes, a rendu les levées de fonds en devises locales quasi impossibles. Les investisseurs internationaux, eux, exigent une structure juridique qu'ils connaissent, capable de recevoir des dollars sans passer par les contrôles de change nigérians. Une holding aux États-Unis simplifie les sorties, les augmentations de capital et les futurs rachats. Pour les fondateurs, c'est aussi une assurance : si la monnaie locale plonge encore, les capitaux restent logés dans une devise forte. Pour la diaspora ouest-africaine qui investit dans ces jeunes pousses, cette évolution change la donne sur le coût des transferts et la traçabilité des fonds.
Le revers, c'est une fuite silencieuse de valeur. Les revenus générés au Nigeria remontent vers des entités américaines, et les impôts sur les plus-values échappent largement au fisc nigérian. Les autorités monétaires le savent. La CBN a multiplié les mesures pour attirer les capitaux, mais la confiance met du temps à revenir. En attendant, les startups continuent de regarder vers l'ouest. Le rapport ne dit pas l'inverse : il confirme une tendance lourde, ancrée dans la gestion du risque de change. Tant que le naira restera imprévisible, l'incorporation américaine restera la norme, pas l'exception.
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