La mode africaine veut passer de 30 à 500 milliards de dollars
La Confédération africaine de la mode (CAFA) dévoile une feuille de route pour multiplier par plus de quinze la valeur du secteur, avec un objectif affiché de 500 milliards de dollars et un fort besoin d'investissements.

La Confédération africaine de la mode (CAFA) a présenté cette semaine à Abuja une feuille de route ambitieuse : faire passer la valeur économique du secteur sur le continent de 30 milliards de dollars à 500 milliards. Le chiffre donne le vertige, mais il traduit une réalité simple. La mode africaine pèse déjà lourd en emplois informels, des ateliers de Lagos aux marchés de Dakar, sans que les capitaux suivent. La CAFA veut combler ce fossé en attirant des investisseurs structurés, capables de financer des chaînes de production locales et des marques à vocation régionale.
Le plan repose sur plusieurs leviers concrets. D'abord, la formation : la confédération prévoit de multiplier les programmes destinés aux jeunes créateurs et aux artisans, souvent privés d'accès aux outils de gestion et aux réseaux de distribution. Ensuite, l'industrialisation : il s'agit de produire localement les tissus et les accessoires aujourd'hui importés, pour réduire les coûts et capter davantage de valeur sur le sol africain. Enfin, la structuration financière, avec la création de véhicules d'investissement dédiés, car les banques classiques prêtent encore trop peu à ce secteur jugé risqué.
L'enjeu dépasse la seule filière textile. La mode emploie massivement des femmes et des jeunes, deux populations que les politiques publiques peinent à intégrer au marché du travail formel. Une expansion du secteur créerait des débouchés dans la teinture, la couture, la logistique ou le commerce en ligne. Pour les pays de la zone franc, qui importent une grande partie de leurs tissus, la perspective d'une production régionale plus dense changerait aussi la donne sur les coûts d'approvisionnement.
Reste à transformer l'annonce en actes. Les 500 milliards de dollars ne tomberont pas du ciel : ils supposent des investissements privés massifs, des infrastructures fiables et des règles douanières qui ne pénalisent pas les échanges intra-africains. La CAFA mise sur un effet d'entraînement, en s'appuyant sur les créateurs déjà visibles à l'international pour crédibiliser l'ensemble de la filière. Le chemin est long, mais le diagnostic est posé : l'Afrique ne manque ni de talents ni de matières premières, elle manque de capitaux et d'organisation.
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