Pétrole nigérian : produit à millions de barils, mais des revenus qui s'évaporent
Le Nigeria extrait chaque jour plus d'un million de barils de brut, mais les coûts élevés de la NNPC et les fuites de revenus privent le pays des retombées financières attendues, selon une analyse de Punch.

Le Nigeria pompe du pétrole, beaucoup de pétrole. Environ 1,4 million de barils par jour en moyenne ces derniers mois. Pourtant, les caisses de l'État fédéral restent désespérément vides. La compagnie nationale NNPC affiche des coûts de production et de fonctionnement qui grignotent une part grandissante de la rente. Résultat : entre ce qui sort du sol et ce qui entre dans le budget, l'écart se creuse. Les Nigérians, eux, continuent d'attendre les routes, les hôpitaux et l'électricité que cette manne aurait dû financer depuis des décennies.
Le problème n'est pas nouveau, mais il s'aggrave. La NNPC doit supporter des charges fixes élevées, des subventions implicites sur l'essence et une bureaucratie tentaculaire. À cela s'ajoutent les vols de brut et les sabotages d'oléoducs dans le delta du Niger, qui réduisent les volumes exportés sans diminuer les coûts. Chaque baril perdu, c'est une recette en moins pour un pays qui dépend encore du pétrole pour plus de 80 % de ses devises. Les réformes annoncées par l'administration Tinubu, notamment la fin des subventions sur le carburant, devaient libérer des marges. Sur le terrain, les économies restent difficiles à chiffrer.
Pour les opérateurs économiques et la diaspora, cette gestion pèse sur le naira. Moins de devises pétrolières signifie un accès plus tendu aux dollars, ce qui alimente la volatilité du taux de change. Les plateformes de transfert comme SendXOF ajustent leurs cours en fonction de ces tensions, et les ménages qui envoient de l'argent au pays le ressentent directement sur les frais. La question n'est pas seulement de savoir combien de barils le Nigeria produit, mais combien de ces barils se transforment réellement en pouvoir d'achat pour la population.
Les experts du secteur réclament depuis longtemps une audit indépendant des flux financiers de la NNPC. Certains évoquent des contrats de swap pétrolier opaques, où le brut est échangé contre des produits raffinés sans que la valeur réelle soit toujours connue. D'autres pointent la multiplication des filiales et des joint-ventures qui diluent la responsabilité. Tant que ces zones d'ombre subsisteront, le Nigeria continuera de vendre son or noir à bon prix pour n'en récupérer qu'une fraction. La production repart, mais la confiance des investisseurs et des citoyens, elle, reste en berne.
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