La CBN chiffre à 3 % du PIB le coût des multiples guichets de change
La Banque centrale du Nigeria estime que la coexistence de plusieurs taux de change a amputé le PIB de 3 %. La réforme en cours vise à unifier le marché et à renforcer la politique monétaire.

La Banque centrale du Nigeria (CBN) a évalué à 3 % du produit intérieur brut le coût des multiples fenêtres de change qui ont longtemps fragmenté le marché des devises. L'aveu, rare par sa précision, vient d'un communiqué de l'institution publié ce week-end. Pendant des années, importateurs, exportateurs et investisseurs ont dû composer avec des taux différents selon le guichet utilisé — officiel, parallèle, ou fenêtres spéciales pour certains secteurs. Cette dispersion a nourri l'arbitrage, découragé les capitaux stables et brouillé les signaux de prix. La CBN reconnaît aujourd'hui que le phénomène a pesé sur l'ensemble de l'économie, bien au-delà des seules transactions en devises.
La réforme engagée par la banque centrale vise à unifier le marché autour d'un taux unique, tout en maintenant le cap sur la lutte contre l'inflation. Selon l'institution, les mesures précédentes ont déjà amélioré les conditions macroéconomiques, et le nouvel ajustement doit rendre la politique monétaire plus lisible. Concrètement, cela signifie moins de taux administrés, plus de transactions au prix du marché, et un canal unique pour les interventions de la CBN. Les opérateurs économiques y voient une bouffée d'oxygène : un taux unique simplifie les calculs, réduit les risques de change et facilite les prévisions d'investissement. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car un marché unifié limite les écarts entre le taux affiché et le taux réellement appliqué.
Reste à savoir si la promesse tiendra dans le temps. Le Nigeria a déjà tenté d'unifier son marché des changes par le passé, sans succès durable. La demande de dollars reste forte, portée par les importations et les sorties de capitaux, tandis que les réserves de la CBN demeurent sous pression. L'unification ne résoudra pas à elle seule le déséquilibre entre l'offre et la demande de devises. Elle peut en revanche restaurer un peu de confiance si les autorités tiennent la ligne et évitent de réintroduire des guichets dérogatoires au premier signe de tension.
Les 3 % de PIB perdus constituent un argument de poids pour justifier la réforme. Mais l'essentiel se jouera sur l'exécution : discipline de taux, transparence des interventions, et fin des exceptions sectorielles. Les entreprises nigérianes, elles, attendent surtout de la stabilité. Un taux unique qui fluctue au gré du marché vaut mieux qu'une mosaïque de taux fixes qui changeait du jour au lendemain. La CBN a posé le diagnostic. Le traitement, lui, ne fait que commencer.
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