L'Éthiopie maintient son taux directeur à 16 % malgré la poussée de la masse monétaire
La banque centrale éthiopienne a choisi de ne pas toucher à son taux directeur, fixé à 16 %, alors que la croissance de la masse monétaire s'accélère fortement, ravivant les craintes d'inflation.

La Banque nationale d'Éthiopie a reconduit son taux directeur à 16 % pour la énième fois, selon une décision rendue publique ce lundi. Une stabilité qui contraste avec l'accélération de la masse monétaire, dont la progression a dépassé les 30 % en glissement annuel sur les derniers mois. Pour les observateurs, l'institution monétaire d'Addis-Abeba joue la carte de la prudence : elle préfère soutenir le crédit à l'économie et le financement du déficit budgétaire plutôt que de resserrer davantage les conditions monétaires.
Car l'Éthiopie traverse une période délicate. La guerre civile dans le nord du pays a fragilisé les finances publiques, et les réformes économiques engagées depuis 2024, notamment la libéralisation partielle du birr, ont alimenté les tensions sur les prix. L'inflation, qui frôlait les 35 % en début d'année, reste ancrée dans les anticipations des ménages. Dans ce contexte, le statu quo sur le taux directeur revient à accepter une politique monétaire encore accommodante, malgré les signaux d'alerte.
Les opérateurs économiques s'interrogent sur la crédibilité de cette approche. Une masse monétaire qui file à ce rythme, sans resserrement correspondant, risque d'alimenter une spirale inflationniste difficile à briser. La banque centrale mise sur un reflux progressif de l'inflation grâce à la saison des récoltes et à la stabilisation des chaînes d'approvisionnement. Mais les experts monétaires doutent : sans un resserrement quantitatif, la pression sur le birr pourrait s'intensifier, pénalisant les importateurs et les ménages urbains.
À moyen terme, cette décision pèsera sur la trajectoire du birr et sur l'attractivité du pays pour les capitaux étrangers. Les investisseurs surveillent de près l'écart entre le taux directeur et l'inflation réelle, qui reste largement négatif. Une situation qui rappelle celle de plusieurs économies africaines, où la politique monétaire peine à suivre le rythme des chocs extérieurs. L'Éthiopie joue là une partie délicate : celle de la confiance dans sa monnaie et dans ses institutions.
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