Kenya : l'inflation atteint 7,3 % en octobre, un plus haut de trois ans
La hausse des prix alimentaires et des transports pousse l'inflation kényane à 7,3 % sur un an en octobre, son niveau le plus élevé depuis plus de trois ans, selon les données officielles publiées ce mois-ci.

Le Kenya renoue avec une inflation qu'il n'avait plus connue depuis 2021. En octobre, l'indice des prix à la consommation a grimpé de 7,3 % sur un an, contre 6,8 % en septembre, rapporte le Bureau national des statistiques. La barre des 7 % n'avait pas été franchie depuis plus de trois ans. Les deux moteurs de cette poussée sont identifiés : l'alimentation et les transports. Sur les marchés de Nairobi, le prix du maïs, base de l'alimentation locale, a augmenté de près de 15 % en un mois. Le litre d'essence, lui, a franchi la barre des 200 shillings dans plusieurs stations-service de la capitale.
Cette accélération complique la tâche de la Banque centrale du Kenya, qui avait abaissé son taux directeur à 11,25 % en août pour soutenir le crédit. La hausse des prix rogne le pouvoir d'achat des ménages, déjà éprouvés par les taxes introduites en 2023. Dans les quartiers populaires de Mombasa, les familles réduisent leurs achats de légumes et de lait. Les transporteurs, eux, répercutent la flambée du carburant sur les tarifs des trajets en matatu, les minibus qui desservent la capitale. Pour la diaspora kényane, qui envoie chaque mois des devises au pays, cette inflation galopante érode la valeur des transferts reçus : ce qui achetait un sac de farine en septembre en achète aujourd'hui un peu moins.
Le gouvernement de William Ruto promet des mesures. Le Trésor a annoncé une baisse des droits de douane sur le maïs importé pour desserrer l'étau sur les prix. Mais les analystes de Nairobi restent prudents : la faiblesse du shilling face au dollar renchérit les importations de pétrole et d'engrais, et la sécheresse dans la vallée du Rift menace la prochaine récolte. La Banque centrale pourrait être contrainte de relever ses taux dès décembre, un choix qui pèserait sur la croissance, attendue à 5 % cette année.
La comparaison avec les voisins est éclairante. L'Ouganda affiche une inflation de 3,2 %, la Tanzanie de 3,1 %. Le Kenya, locomotive économique de l'Afrique de l'Est, devient aussi la lanterne rouge de la stabilité des prix dans la région. Les opérateurs économiques surveillent désormais la publication de novembre, prévue le 30. Si la barre des 8 % est franchie, le pays basculerait dans une zone d'instabilité monétaire que la banque centrale n'a pas connue depuis 2019.
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