Kenya interdit l'exportation d'or brut et prévoit trois raffineries
Nairobi veut retenir la valeur ajoutée de ses minerais : interdiction d'exporter l'or non transformé et création d'au moins trois raffineries sur le territoire kényan.

Le Kenya a décidé de fermer la porte à l'exportation d'or brut. Le gouvernement kényan a annoncé mardi qu'il interdirait les ventes à l'étranger de métal non transformé et qu'il construirait au moins trois raffineries pour traiter la production localement. L'objectif est simple : garder sur le sol kényan une plus grande part de la valeur de ses ressources minières, au lieu de laisser partir des lingots bruts vers des fonderies étrangères.
Le pays ne figure pas parmi les grands producteurs d'or africains. Sa production reste modeste, souvent artisanale, concentrée dans l'ouest du pays autour de la région de Kakamega et dans les zones bordant le lac Victoria. Mais Nairobi veut structurer le secteur avant qu'il ne prenne de l'ampleur, en s'inspirant de ce que d'autres pays ont fait. La Tanzanie voisine a longtemps exigé que l'or soit raffiné sur place, et le Ghana, premier producteur africain, a multiplié les mesures pour contrôler ses flux d'or artisanal. Le Kenya veut éviter le scénario inverse : voir partir sa richesse sans retour fiscal ni emplois.
Le projet de trois raffineries pose néanmoins la question des volumes. Une fonderie a besoin d'un approvisionnement régulier pour être rentable. Or, la production kényane d'or reste faible et fragmentée, avec une part importante d'exploitation artisanale difficile à canaliser. Sans un cadre clair pour les petits producteurs et sans incitations pour qu'ils vendent à des structures officielles, les raffineries risquent de tourner au ralenti. Le gouvernement devra aussi clarifier le régime de licences et la fiscalité minière, deux points qui ont freiné les investissements ces dernières années.
L'enjeu dépasse le seul or. Le Kenya cherche à reproduire ce qu'il a fait pour d'autres secteurs : transformer localement plutôt qu'exporter brut. La décision s'inscrit dans une tendance africaine plus large, où plusieurs capitales veulent reprendre la main sur leurs matières premières. Reste à voir si l'ambition se traduit par des volumes réels, ou si elle se heurte, comme souvent, à l'écart entre l'annonce et la mise en œuvre.
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