Le Nigeria adopte l'évaluation des technologies de santé pour freiner le gaspillage dans les soins
La National Health Insurance Authority mise sur l'Health Technology Assessment pour orienter les dépenses de santé vers les soins les plus utiles et réduire les gaspillages dans un système sous tension.

La National Health Insurance Authority nigériane a validé l'adoption de l'Health Technology Assessment, un outil qui évalue le rapport entre le coût d'une technologie médicale et le bénéfice réel qu'elle apporte aux patients. Concrètement, avant qu'un équipement, un médicament ou une procédure n'entre dans le panier de soins remboursés, il passe au crible : efficacité clinique, prix, impact budgétaire. Le régulateur veut ainsi arrêter de financer des actes coûteux dont l'utilité thérapeutique reste faible, alors que les ressources du régime d'assurance maladie sont limitées.
Le problème est structurel. Le Nigeria consacre environ 4 % de son PIB à la santé, très loin des 15 % promis par les accords d'Abuja en 2001. Les paiements directs des ménages représentent encore plus de 70 % des dépenses de santé, selon l'Organisation mondiale de la santé. Résultat : des millions de Nigérians renoncent aux soins faute de moyens, pendant que des dépenses mal ciblées absorbent une part du budget. L'arrivée de l'évaluation des technologies vise à inverser cette logique en donnant la priorité aux interventions qui sauvent des vies à moindre coût.
Cette réforme s'inscrit dans un contexte où les autorités cherchent à étendre la couverture santé à 50 millions de personnes d'ici 2027, à travers la loi sur l'assurance maladie de 2022. Sans arbitrage rigoureux, l'élargissement du panier de soins ferait exploser les coûts. L'outil permettra aussi de négocier les prix des médicaments avec les laboratoires, en s'appuyant sur des données locales plutôt que sur des références importées. D'autres pays africains, comme le Rwanda et l'Afrique du Sud, utilisent déjà des mécanismes similaires avec des résultats mesurables sur les achats publics de santé.
Reste la question de la mise en œuvre. L'évaluation des technologies exige des compétences rares en pharmaco-économie et en analyse de données, ainsi qu'une gouvernance à l'abri des pressions des fournisseurs. Le régulateur devra publier ses décisions et leurs justifications pour gagner la confiance des prestataires comme des assurés. Si l'exercice tient ses promesses, il pourrait devenir un modèle pour d'autres régimes d'assurance maladie en Afrique de l'Ouest, où la même équation se pose : soigner plus de monde avec des budgets contraints.
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