Gaz nigérian : 18 ans de politiques publiques n'ont pas suffi à alimenter le marché intérieur
Malgré plus de 200 000 milliards de pieds cubes de réserves prouvées et une succession de plans gouvernementaux, le Nigeria exporte toujours plus de gaz qu'il n'en vend à ses propres industries et foyers.

Le Nigeria détient plus de 200 000 milliards de pieds cubes de réserves prouvées de gaz naturel. Cela représente environ trois fois les réserves pétrolières du pays en équivalent énergétique. Pourtant, après dix-huit ans de politiques successives — du Gas Master Plan de 2008 à la Decade of Gas lancée en 2021 —, le constat reste le même : les volumes exportés dépassent largement ceux livrés au marché intérieur. Les usines de liquéfaction de Bonny Island, dans le delta du Niger, tournent à plein régime pour alimenter l'Europe et l'Asie, tandis que les centrales électriques nigériannes peinent à obtenir leur quota de gaz.
La raison tient à un arbitrage économique simple. Une molécule de gaz vendue à l'export rapporte des dollars immédiats, souvent indexés sur les cours internationaux. La même molécule livrée à une centrale locale se heurte à des tarifs plafonnés, à des impayés chroniques et à un réseau de transport sous-dimensionné. Les producteurs, qu'il s'agisse de multinationales ou de la NNPC, ont donc privilégié les contrats à l'export. Les politiques publiques ont empilé les objectifs sans corriger ce déséquilibre : la Domestic Gas Supply Obligation, instaurée en 2008, n'a jamais été réellement sanctionnée.
Les conséquences se lisent dans les chiffres. Le Nigeria a exporté environ 1 800 milliards de pieds cubes de gaz en 2024, contre moins de 800 milliards pour la consommation intérieure, selon les données de la Nigerian Gas Association. Résultat : les industriels qui dépendent du gaz — cimenteries, engrais, verreries — tournent au ralenti ou se tournent vers le diesel, plus cher. Les ménages, eux, restent dépendants du bois de chauffe et du charbon de bois dans la majorité des États du Nord. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts.
Depuis 2023, la suppression des subventions sur l'essence a rendu le gaz plus attractif pour les transports, mais les infrastructures de distribution manquent. Le gouvernement annonce désormais des investissements dans les pipelines Ajaokuta-Kaduna-Kano et l'extension du réseau vers le sud-ouest. Ces chantiers prendront des années. En attendant, le paradoxe demeure : un pays qui regorge de gaz et qui le brûle en torchère faute de pouvoir le vendre chez lui. Sans réforme du cadre tarifaire et sans garantie de paiement pour les producteurs, les dix-huit prochaines années risquent de ressembler aux dix-huit précédentes.
Envoyez votre argent au Nigeria au meilleur taux
SendXOF est la plateforme numérique francophone spécialisée dans les transferts FCFA → Naira. Taux compétitif, transferts instantanés, disponible 7j/7 depuis le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Mali et le Burkina Faso.
Articles similaires

Dangote vise 1,4 million de barils par jour d'ici 2029 pour sa raffinerie
Aliko Dangote annonce que sa raffinerie de Lekki portera sa capacité à 1,4 million de barils par jour début 2029, un seuil inédit pour l'Afrique qui transforme le marché nigérian des carburants.

La Bourse de Lagos perd 407 milliards de nairas, les bancaires entraînent le marché à la baisse
La capitalisation boursière de Lagos est passée de 161,26 à 160,85 billions de nairas lundi, plombée par une vague de ventes sur les valeurs bancaires.

SoftBank mise sur OPay : 500 millions de dollars avant une entrée en Bourse à New York
Le fintech nigérian OPay Digital Services lève environ 500 millions de dollars avec le soutien de SoftBank, en amont d'une introduction à la Bourse de New York qui valoriserait l'entreprise bien au-delà du milliard.