Fusions-acquisitions pétrolières : 137 milliards de dollars échangés malgré la volatilité des cours
Le secteur pétrolier et gazier en amont a enregistré 137 milliards de dollars de transactions depuis janvier, en route pour dépasser le total de 175 milliards de l'an dernier.

Les compagnies pétrolières ne boudent pas leur plaisir. Depuis le début de l'année, les fusions et acquisitions dans l'exploration-production ont atteint 137 milliards de dollars, selon les chiffres compilés par les analystes du secteur. Le rythme est tel que l'année pourrait bien se terminer au-dessus des 175 milliards de dollars de 2023. La volatilité des cours du brut, loin de geler les ardeurs, pousse au contraire les grands groupes à sécuriser des réserves pendant qu'elles restent abordables. Les acheteurs ne se contentent plus de grignoter des actifs marginaux. Ils avalent des concurrents entiers.
Le mouvement ne date pas d'hier. Depuis deux ans, les majors américaines concentrent leurs emplettes sur le schiste permien, où chaque forage coûte moins cher qu'en offshore profond. ExxonMobil a déboursé près de 60 milliards pour Pioneer, Chevron a mis 53 milliards sur la table pour Hess. Ces deux opérations à elles seules expliquent une bonne partie de l'enveloppe globale. Les groupes européens, eux, se séparent de leurs actifs les plus polluants pour se recentrer sur le gaz naturel, considéré comme une énergie de transition. Ce jeu de chaises musicales redessine la carte mondiale de la production, du golfe du Mexique aux côtes africaines.
Pour les pays producteurs, l'équation se complique. Quand une major rachète une autre, les promesses d'investissement dans les champs locaux peuvent être revues à la baisse. Le Nigeria, qui dépend du pétrole pour 90 % de ses recettes en devises, surveille ces mouvements de près. La volatilité des cours rend chaque décision plus risquée. Un baril à 75 dollars justifie une acquisition, à 65 dollars il la remet en question. Les banques qui financent ces opérations exigent des garanties plus solides, ce qui limite les folies. Les petits acteurs indépendants, eux, peinent à suivre la cadence.
La question n'est pas de savoir si le total dépassera les 175 milliards, mais à quel prix. Les acheteurs paient des primes de 15 à 20 % au-dessus des cours de Bourse, un niveau qui rappelle les années fastes d'avant 2014. Si les cours du brut restent sous les 80 dollars, certains deals pourraient capoter en cours de route. Les vendeurs, eux, savent que la fenêtre ne restera pas ouverte indéfiniment. Dans un marché où la ressource se raréfie et où les actionnaires réclament des rendements immédiats, chaque milliard dépensé aujourd'hui est un pari sur le baril de demain.
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