Nigeria : la baisse de l'inflation ne signifie pas une baisse des prix
Au Nigeria, l'inflation ralentit après une année de hausses brutales. Mais les prix restent élevés : les ménages attendent toujours un soulagement. Analyse des chiffres et des réalités du terrain.

Au Nigeria, l'inflation ralentit. Après avoir culminé à près de 34 % en juin dernier, l'indice des prix à la consommation est retombé à 24,48 % en janvier, selon le Bureau national des statistiques. Une chute spectaculaire, saluée par les économistes. Mais sur le terrain, les Lagosans ne voient guère de différence : le prix du riz, du pain ou du carburant reste obstinément élevé. La baisse de l'inflation ne signifie pas une baisse des prix, seulement un ralentissement de leur progression.
Ce paradoxe s'explique par la mécanique même de l'inflation. En un an, les prix ont tellement grimpé que même un ralentissement notable laisse les niveaux actuels très supérieurs à ceux d'avant la crise. Un sac de riz de 50 kilos qui coûtait 35 000 nairas en 2023 en vaut aujourd'hui 75 000. L'inflation annuelle est passée de 34 % à 24 %, mais le prix, lui, n'a pas baissé d'un kobo. Pour les ménages, le coût de la vie reste un fardeau quotidien, et le pouvoir d'achat ne s'est pas reconstitué.
La Banque centrale du Nigeria (CBN) a durci sa politique monétaire pour juguler la hausse des prix, relevant son taux directeur à 27,5 %. Résultat : le naira s'est stabilisé sur le marché officiel, oscillant autour de 1 500 pour un dollar. Mais cette stabilité apparente masque des disparités : le marché parallèle traite la devise avec une prime de 5 à 10 %, et les entreprises peinent à s'approvisionner en devises. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les frais et les taux appliqués varient selon les canaux utilisés.
Au-delà des chiffres, la question reste : quand les Nigérians sentiront-ils une vraie différence ? Les économistes prévoient une poursuite de la désinflation en 2025, portée par une récolte agricole meilleure et une stabilisation du naira. Mais tant que les prix ne baisseront pas en valeur absolue, le sentiment d'une vie chère persistera. La banque centrale devra naviguer entre soutien à la croissance et maîtrise des prix, un équilibre délicat dans une économie où 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.
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