Engrais : le Nigeria bloqué à 15 kg par hectare, loin de l'objectif de la CEDEAO
Le Nigeria épand environ 15 kg d'engrais par hectare, contre 50 kg visés par la CEDEAO. Un écart qui plombe les rendements agricoles et pèse sur les prix alimentaires.

Un champ nigérian reçoit en moyenne 15 kg d'engrais par hectare. L'objectif fixé par les pays de la CEDEAO est de 50 kg. L'écart n'est pas anecdotique : il sépare une agriculture qui nourrit à peine son pays d'une agriculture qui pourrait exporter. Sur le papier, le Nigeria a les moyens. Quatre usines de mélange tournent à plein, et la méga-usine Dangote à Lekki produit de l'urée et de l'ammoniac en quantité. Le problème n'est donc pas la production, mais l'accès.
Le sac d'engrais coûte entre 40 000 et 55 000 nairas selon les régions. Pour un petit producteur de maïs dans l'État de Kaduna, cela représente une part énorme de ses revenus avant même la récolte. Les subventions publiques arrivent tard, quand elles arrivent. Les distributeurs agréés se concentrent sur les grandes exploitations du Nord, laissant les coopératives de l'Ouest et du Sud-Est se débrouiller. Résultat : la moitié des agriculteurs nigérians n'utilisent aucun engrais minéral, selon les données du secteur.
La CEDEAO a fixé sa cible de 50 kg par hectare dans le cadre du programme régional sur les engrais. Le Ghana, le Sénégal et la Côte d'Ivoire affichent des niveaux supérieurs au Nigeria, malgré des budgets agricoles comparables. Ce n'est pas une question de moyens, mais de logistique et de gouvernance. Les routes rurales dégradées renchérissent le transport du dernier kilomètre. Les ruptures de stock dans les magasins d'intrants d'Abuja ou d'Enugu sont fréquentes en pleine saison des pluies, quand les paysans ont besoin d'épandre.
Sans engrais, les rendements stagnent. Le maïs nigérian plafonne à 2 tonnes par hectare, contre 5 à 6 tonnes en Afrique du Sud. Cette faible productivité alimente l'inflation alimentaire, qui reste au-dessus de 30 % depuis plus d'un an. Pour les ménages urbains de Lagos ou Kano, le prix du riz et du gari a grimpé en flèche. Le gouvernement a promis un plan d'urgence pour subventionner 500 000 tonnes d'engrais cette saison. Les experts restent sceptiques : sans réforme de la distribution, les sacs finiront encore dans les entrepôts des gros opérateurs.
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