Dix patrons derrière les retraits d'entreprises qui secouent l'économie nigériane
De Procter & Gamble à GlaxoSmithKline, dix dirigeants ont piloté le départ ou la fermeture de filiales au Nigeria depuis 2022, sur fond de change volatil et de coûts en hausse.

Le Nigeria a vu partir certaines des enseignes les plus installées de son économie. Depuis 2022, Procter & Gamble, GlaxoSmithKline, Sanofi, Kimberly-Clark, Unilever et bien d'autres ont réduit la voilure ou quitté le pays. Derrière chaque décision, un patron ou un fondateur. Jon Moeller chez P&G, Emma Walmsley chez GSK, Paul Hudson chez Sanofi : ces noms ne disent rien au grand public, mais leurs arbitrages ont vidé des usines et supprimé des milliers d'emplois. Le mouvement ne s'est pas arrêté en 2024. Il s'est accéléré.
La raison tient en quelques lignes. Le naira a perdu plus de 60 % de sa valeur face au dollar depuis juin 2023, quand la Banque centrale a lâché le taux fixe. Les groupes étrangers qui rapatrient leurs bénéfices ont vu leurs marges fondre. Ajoutez une inflation à 30 %, des taux d'intérêt à 27 % et une électricité qui coûte trois fois plus cher qu'en Afrique du Sud. Pour un directeur financier à Londres ou à Cincinnati, la question n'est plus de croître au Nigeria, mais de limiter les pertes. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts.
Les départs ne sont pas tous des fuites. Certains groupes ont vendu leurs filiales à des repreneurs locaux, comme Unilever qui a cédé sa marque de thé Lipton, ou Sanofi qui a transféré son portefeuille à un acteur nigérian. D'autres ont simplement fermé. Kimberly-Clark a stoppé sa production de couches en 2024. GlaxoSmithKline a arrêté la fabrication sur place pour se contenter d'importer. Chaque fois, des centaines d'emplois directs ont disparu, et avec eux un savoir-faire industriel que le pays mettra des années à reconstruire.
Ce que ces dix parcours racontent, c'est une économie qui reste dépendante des importations et des capitaux étrangers. Le gouvernement de Bola Tinubu promet des réformes pour rassurer les investisseurs. Mais tant que le naira reste instable et que le coût de l'énergie grimpe, les sièges internationaux continueront de trancher en faveur d'un retrait. Les patrons qui partent ne claquent pas la porte. Ils calculent. Et pour l'instant, le calcul penche pour le départ.
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