Dangote mise 45 milliards de dollars sur ses propres liquidités pour viser 100 milliards de revenus
Le groupe Dangote finance un programme d'expansion de 45 milliards de dollars avec ses liquidités internes. Objectif affiché : 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel d'ici 2030.

Aliko Dangote ne cherche pas d'argent ailleurs. Le groupe qu'il dirige finance son expansion avec les liquidités qu'il génère lui-même. Le programme pèse 45 milliards de dollars, étalés sur plusieurs années, et doit porter le chiffre d'affaires annuel du conglomérat à 100 milliards de dollars d'ici 2030. Aujourd'hui, Dangote Group reste surtout identifié à sa raffinerie de Lekki, entrée en service en 2023, et à ses cimenteries présentes dans une dizaine de pays africains. Mais le groupe veut élargir la base : engrais, sucre, pétrochimie, logistique.
Le choix de l'autofinancement n'est pas anodin. Depuis 2023, le Nigeria vit avec un naira volatil et des taux d'intérêt à deux chiffres. Lever de la dette en devises coûte cher, et les banques locales prêtent cher en nairas. Dangote préfère donc faire tourner sa trésorerie. La raffinerie, qui traite aujourd'hui plusieurs centaines de milliers de barils par jour, commence à générer des revenus en dollars grâce aux exportations de carburant. Ces recettes servent de socle au plan d'investissement. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car la solidité des grands groupes nigérians influence directement la confiance dans le naira.
Le calendrier reste serré. Passer d'un chiffre d'affaires actuel estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars à 100 milliards en cinq ans suppose que chaque branche accélère en même temps. La raffinerie doit monter en régime, les cimenteries doivent résister à la concurrence chinoise et les engrais doivent trouver preneurs sur un marché mondial cyclique. Dangote parie sur l'intégration verticale : produire localement, transformer localement, exporter le surplus. Une stratégie qui a fait ses preuves dans le ciment, moins évidente dans le raffinage où les marges dépendent des cours du brut.
Ce plan dit quelque chose de plus large. Les grands groupes nigérians ne comptent plus sur l'État ni sur les banques pour financer leur croissance. Ils s'appuient sur leurs propres flux de trésorerie, quitte à ralentir le rythme. Dangote donne le ton. Si le modèle tient, il pourrait inspirer d'autres conglomérats du continent. Si les revenus ne suivent pas, le groupe devra revoir ses ambitions à la baisse. D'ici 2030, les chiffres trancheront.
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