Nigeria : 67 % des électeurs réclament le retour des subventions sur l'essence
Une enquête de SBM Intelligence menée auprès de 1 103 électeurs dans 12 États révèle que deux tiers des Nigérians veulent le rétablissement des subventions sur l'essence, supprimées en 2023.

SBM Intelligence a interrogé 1 103 électeurs inscrits dans 12 États, en face à face, pour la deuxième vague de son Nigeria 2027 Voter Sentiment Tracker. Le verdict tombe net : 67 % des personnes sondées réclament le retour des subventions sur l'essence. Le rapport, intitulé Nigeria 2027: A Narrower Race, confirme ce que les files d'attente devant les stations-service laissaient deviner depuis des mois. La fin de la subvention, annoncée par Bola Tinubu dès son arrivée au pouvoir en mai 2023, avait fait bondir le prix du litre de 185 à plus de 600 nairas en quelques semaines, puis au-delà de 1 000 nairas dans plusieurs États.
Le sujet dépasse largement le cadre du carburant. Au Nigeria, l'essence alimente les groupes électrogènes, les taxis, les transports de marchandises et une bonne partie de la petite économie informelle. Quand le prix du litre grimpe, c'est toute la chaîne des coûts qui suit : transport, alimentation, santé. L'inflation a dépassé 30 % en 2024, un niveau que le pays n'avait pas connu depuis près de trente ans. Les ménages qui consacraient un quart de leur budget à l'énergie en 2022 y laissent aujourd'hui plus de la moitié. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts : chaque naira envoyé au pays perd du pouvoir d'achat à mesure que les prix intérieurs s'envolent.
Le rapport SBM pointe un autre élément : la colère ne se limite pas à l'essence. Les personnes interrogées citent pêle-mêle le coût de la vie, le chômage des jeunes et l'insécurité. La suppression de la subvention avait pourtant libéré des marges budgétaires — près de 4 000 milliards de nairas par an selon le FMI — que le gouvernement dit avoir réinjectées dans les allocations et les infrastructures. Mais sur le terrain, l'électeur moyen ne voit pas la contrepartie. C'est ce décalage qui nourrit la défiance.
À deux ans de la présidentielle de 2027, le chiffre de 67 % pèse lourd. Il traverse les clivages régionaux et les générations. Les candidats qui promettront un retour partiel ou conditionnel des subventions trouveront là un terreau électoral. Ceux qui défendront la rigueur budgétaire devront expliquer pourquoi les économies réalisées ne se traduisent toujours pas dans le panier de la ménagère. Le débat sur l'essence reste, au Nigeria, le baromètre le plus fiable du contrat social.
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