Ciment : le paradoxe nigérian d'un prix qui grimpe malgré des matières premières abondantes
Le prix du ciment s'envole au Nigeria alors que le pays regorge de calcaire et de gypse. Les fabricants affichent des profits records, mais des millions de Nigérians ne peuvent plus accéder à la propriété.

Le Nigeria possède tout ce qu'il faut pour produire du ciment à bas coût. Du calcaire, du gypse, du charbon, et une demande qui ne faiblit pas : des millions de logements manquent à l'appel. Pourtant, le sac de 50 kilos se négocie aujourd'hui autour de 8 000 nairas dans plusieurs États du Sud-Ouest, contre 2 500 nairas il y a cinq ans. Une hausse de plus de 200 % qui contredit la logique économique la plus élémentaire. Les matières premières sont là, les usines tournent à plein régime, mais le produit fini reste hors de portée pour le maçon de Ibadan comme pour le cadre moyen de Lagos.
Les trois géants du secteur — Dangote, BUA et Lafarge — ne cachent pas leurs résultats. Dangote Cement a annoncé un bénéfice après impôts de 455 milliards de nairas en 2023, en hausse de 20 % sur un an. BUA a vu son chiffre d'affaires progresser de 30 % sur la même période. Ces performances se sont accompagnées d'une augmentation des prix de vente décidée en interne, sans lien direct avec les coûts de production. Le transport, lui, a flambé après la fin de la subvention sur l'essence en 2023. Mais il n'explique pas tout : le prix du ciment a augmenté deux fois plus vite que le gazole sur la période.
Pour les ménages, l'équation devient intenable. Un ouvrier qui gagne le salaire minimum de 30 000 nairas par mois devrait consacrer plus de six mois de revenus pour acheter la seule quantité de ciment nécessaire à une petite fondation. Les promoteurs immobiliers, eux, répercutent la hausse sur des appartements déjà inaccessibles. Dans ce contexte, la diaspora nigériane qui construit au pays surveille de près l'évolution des coûts. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car chaque hausse du ciment rogne le pouvoir d'achat des fonds envoyés depuis l'étranger.
Le gouvernement a tenté d'intervenir. En avril 2024, le ministère de l'Industrie a menacé d'autoriser les importations si les prix ne baissaient pas. Les fabricants ont promis une réduction, puis sont revenus sur leur engagement. La réalité est simple : la demande dépasse l'offre, et les producteurs locaux fixent les prix sans véritable concurrence étrangère. Tant que cette structure de marché perdurera, le rêve de la maison en dur restera un luxe pour une minorité. Le Nigeria construit des milliards de nairas de bénéfices, mais pas assez de logements pour ceux qui en ont besoin.
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