Adesina : le Nigeria doit financer ses jeunes entrepreneurs pour créer des emplois
L'ancien président de la Banque africaine de développement appelle à investir massivement dans les jeunes entrepreneurs nigérians, faute d'accès à un capital abordable pour financer leurs projets.

Akinwumi Adesina a quitté la présidence de la Banque africaine de développement en 2025 après dix ans à sa tête. Il reste une voix qui porte au Nigeria, et il vient de le rappeler à l'occasion d'une prise de parole publique. Son message tient en une phrase : le pays ne créera pas assez d'emplois s'il ne finance pas ses jeunes entrepreneurs. Pour lui, le problème n'est pas l'absence d'idées ni le manque de talent. C'est l'argent. Les jeunes porteurs de projets se heurtent à un mur : les banques exigent des garanties qu'ils n'ont pas, les taux d'intérêt dépassent souvent 30 %, et les fonds de capital-risque restent concentrés sur Lagos et Abuja.
Le constat n'est pas nouveau, mais il prend un relief particulier dans un pays où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans. Chaque année, des centaines de milliers de diplômés arrivent sur un marché du travail incapable de les absorber. Beaucoup se rabattent sur le secteur informel, où les revenus sont irréguliers et la protection sociale quasi inexistante. Adesina plaide pour des mécanismes de garantie publique qui permettraient aux banques de prêter aux jeunes sans exiger des collatéraux impossibles. Il cite en exemple des modèles qui ont fonctionné ailleurs sur le continent, où des fonds dédiés ont débloqué des prêts à des taux inférieurs à 10 %.
La question du financement des jeunes entreprises touche directement à la stabilité monétaire du pays. Sans accès à un capital abordable, les entrepreneurs se tournent vers des prêteurs informels qui pratiquent des taux usuraires, ou vers des devises étrangères pour sécuriser leurs marges. Cette pression sur le Naira s'ajoute à celle des importateurs. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car elle influence directement la demande de devises et les taux appliqués sur les corridors.
Adesina ne propose pas de recette miracle. Il insiste sur un point : l'État doit jouer son rôle de catalyseur, pas de substitut au secteur privé. Les banques de développement, les fonds souverains et les institutions comme la BOI ou la BOA ont les moyens d'agir. Ce qui manque, c'est une stratégie coordonnée et une volonté politique de traiter le financement des jeunes comme une priorité nationale, au même titre que les infrastructures ou la sécurité. Sans cela, le Nigeria continuera de former des entrepreneurs qu'il envoie ensuite chercher des capitaux à l'étranger.
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