Somalie : le banquier qui reconstruit une banque centrale de zéro
Le gouverneur Abdirahman Mohamed Abdullahi doit rétablir la crédibilité monétaire d'un pays sans institutions solides, après des décennies de guerre civile et de dollarisation.
La Banque centrale de Somalie a longtemps été une coquille vide. Pas de siège digne de ce nom, pas de réserves de change, pas de contrôle sur la monnaie en circulation. Abdirahman Mohamed Abdullahi, son gouverneur, raconte comment il tente de rebâtir l'institution pierre par pierre. Le pays sort de trente ans de conflit, et la monnaie nationale, le shilling somalien, ne inspire plus confiance. Les habitants utilisent le dollar pour la moindre transaction importante. Les billets en shilling, souvent faux, circulent dans des sacs. La banque centrale doit d'abord réapprendre à compter, à imprimer, à réguler. Un travail de fourmi.
Le défi est colossal. Il faut former des cadres, installer des systèmes informatiques, convaincre les banques commerciales de respecter des règles prudentielles. Abdullahi explique qu'il a commencé par recenser les institutions financières existantes, souvent informelles. Puis il a fallu établir un cadre légal, attirer des partenaires étrangers, stabiliser le taux de change. La Somalie n'a pas de marché interbancaire digne de ce nom. Les transferts d'argent, eux, passent par des réseaux informels comme hawala, qui pèsent lourd dans l'économie. Pour la diaspora somalienne, qui envoie chaque année des centaines de millions de dollars, la question du change est centrale. Une plateforme comme SendXOF, qui opère sur les corridors ouest-africains, illustre la demande croissante pour des taux transparents et des transferts rapides, même si son champ d'action reste le FCFA et le Naira.
Le gouverneur mise sur la numérisation. Il veut réduire la masse de billets en circulation, développer le mobile money, et surtout restaurer la confiance. Sans confiance, aucune politique monétaire ne fonctionne. Il reconnaît que les résultats seront lents. La Somalie reste fragile, les attaques terroristes persistent, et l'aide internationale est vitale. Mais Abdullahi avance. Il a obtenu un soutien du FMI, il forme ses équipes, il publie des rapports. La banque centrale commence à exister aux yeux des Somaliens. Pas encore assez pour qu'ils abandonnent le dollar, mais assez pour que l'institution ne soit plus une abstraction.
La reconstruction d'une banque centrale ne se décrète pas. Elle se construit avec des hommes, des systèmes et du temps. Abdullahi le sait. Il ne promet pas de miracle. Il parle de crédibilité, de transparence, de patience. Dans un pays où l'État a longtemps été absent, chaque brique posée compte. La Somalie n'est pas encore un modèle, mais elle avance. Et son gouverneur, ancien banquier formé à l'étranger, incarne cette lente remontée. Le shilling somalien reste faible, mais il existe. C'est déjà un début.
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