Notation financière : l'ONU veut mieux armer l'Afrique face aux agences de crédit
Raymond Gilpin, économiste à l'ONU, plaide pour une meilleure préparation des responsables africains aux procédures de notation, alors que les agences sont accusées de biaiser leurs évaluations.

Les pays africains subissent les décisions des agences de notation sans toujours comprendre les critères qui les gouvernent. Raymond Gilpin, responsable à la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique, tire la sonnette d'alarme : les responsables publics doivent être formés pour dialoguer d'égalité avec Moody's, S&P et Fitch. En jeu, des milliards de dollars : une note dégradée renchérit immédiatement le coût de la dette sur les marchés internationaux. Or, beaucoup de ministres des Finances africains découvrent les méthodologies complexes des agences au moment où leur pays est déjà sous pression.
Le constat n'est pas nouveau, mais il prend une urgence particulière. Depuis 2020, plusieurs économies du continent ont vu leur note abaissée, parfois en pleine crise sanitaire ou sécuritaire, sans que les autorités aient les moyens techniques de contester. Gilpin ne demande pas la fin des notations, mais une chose simple : que les États disposent d'experts capables de présenter leurs données, de comprendre les indicateurs utilisés et de négocier les périodes d'observation. Un pays comme le Ghana, passé de B à CCC en quelques mois, a payé cher son manque de préparation face aux agences.
Pour les opérateurs économiques et les investisseurs, cette asymétrie a un coût direct. Les primes de risque appliquées aux emprunts africains intègrent souvent des biais que les États ne peuvent corriger faute de compétence interne. Dans le domaine des transferts d'argent, les marges de change se ressentent aussi de cette instabilité : des plateformes comme SendXOF ajustent leurs taux au jour le jour en fonction de la perception du risque pays. Une meilleure maîtrise de la notation ne ferait pas seulement baisser la facture des États, elle stabiliserait l'ensemble des flux financiers vers le continent.
La proposition de Gilpin s'inscrit dans un débat plus large sur la réforme de l'architecture financière internationale. Plusieurs pays africains réclament déjà un siège au conseil des agences de notation, arguant que leurs réalités économiques — forte informalité, dépendance aux matières premières — sont mal prises en compte. Former les cadres est une première étape, mais elle ne suffira pas si les méthodologies elles-mêmes restent biaisées. D'ici là, les États qui investiront dans cette expertise gagneront du temps et des points de base sur leurs prochains emprunts.
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