Le Nigeria courtise Bruxelles pour un million d'hectares de cacao
Le gouvernement nigérian présente à Bruxelles son programme d'expansion de un million d'hectares de cultures arboricoles, dont le cacao, pour attirer les investisseurs européens et doper une production encore loin des leaders mondiaux.

Le Nigeria veut changer d'échelle sur le cacao. Cette semaine, une délégation nigériane présente à Bruxelles son programme d'expansion d'un million d'hectares de cultures arboricoles, avec le cacao en tête de gondole. L'objectif est simple : convaincre les industriels et investisseurs européens de mettre de l'argent dans une filière qui reste marginale à l'export. Aujourd'hui, le pays produit environ 280 000 tonnes de fèves par an, très loin des 2,2 millions de tonnes de la Côte d'Ivoire voisine ou des 800 000 tonnes du Ghana. Le potentiel est là, mais les rendements plafonnent et les plantations vieillissent.
Le gouvernement nigérian mise sur un discours de diversification. Le cacao n'est pas seulement une culture de rente : il s'intègre dans un plan plus large de reboisement et de lutte contre la déforestation. Bruxelles, de son côté, cherche des sources d'approvisionnement durables pour son industrie chocolatière, sous pression depuis l'entrée en vigueur du règlement européen sur la déforestation importée. Le Nigeria veut se positionner comme un partenaire crédible, avec des terres disponibles et une main-d'œuvre agricole jeune. Reste à voir si les investisseurs suivront : les infrastructures rurales restent fragiles et le financement des petits planteurs demeure le principal goulot d'étranglement.
Sur le terrain, les producteurs nigérians réclament depuis des années des intrants abordables et un accès facilité au crédit. Le programme d'un million d'hectares, s'il se concrétise, pourrait transformer des régions entières du sud-ouest et du centre du pays. Mais les précédents plans de relance agricole ont souvent accouché de promesses non tenues. Cette fois, Abuja joue la carte de la diplomatie économique en impliquant directement les acheteurs européens, espérant que leur engagement financier servira de garantie.
Pour l'industrie du cacao, l'enjeu dépasse les frontières nigérianes. L'Afrique de l'Ouest fournit près de 70 % de la production mondiale, mais la transformation reste concentrée en Europe et en Asie. Le Nigeria, avec son marché intérieur de 220 millions d'habitants, pourrait devenir à la fois un producteur et un transformateur. Les discussions de Bruxelles diront si les Européens sont prêts à parier sur cette ambition.
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