Nigeria : la ristourne de 66 nairas sur l'essence ne soulage pas les transporteurs
La NNPC accorde 66 nairas de remise par litre aux transporteurs commerciaux, mais la hausse des autres coûts annule l'effet. Les chauffeurs nigérians disent ne rien sentir sur leurs revenus.

Depuis que la NNPC a annoncé une ristourne de 66 nairas par litre d'essence pour les transporteurs commerciaux, les files d'attente aux stations n'ont pas diminué et les tarifs n'ont pas bougé. À Lagos, un chauffeur de danfo qui fait le trajet Oshodi–Ikeja raconte qu'il paie toujours autour de 900 nairas le litre à la pompe, remise déduite. La mesure, présentée comme un coup de pouce au secteur, se heurte à une réalité simple : le carburant ne représente qu'une partie de ses charges. Pneus, pièces détachées, assurances et péages ont tous augmenté en même temps.
Le problème tient à la mécanique même de la remise. Elle s'applique sur le prix ex-dépôt, pas sur le prix final à la pompe, où s'ajoutent transport, marges des distributeurs et taxes locales. Résultat : l'écart entre le prix affiché et le prix payé reste mince. Les syndicats de transporteurs estiment que la ristourne représente moins de 5 % du coût d'exploitation d'un véhicule. Pour un minibus qui consomme 40 litres par jour, cela fait environ 2 600 nairas d'économie quotidienne — soit à peine le prix d'un plat de riz dans une buvette de Yaba.
La hausse des coûts ne date pas d'hier. Depuis la fin des subventions en 2023, le prix de l'essence a plus que triplé. Les transporteurs ont répercuté une partie sur les usagers, mais pas la totalité : la demande est trop sensible. Beaucoup de chauffeurs rognent sur l'entretien, roulent avec des pneus lisses et retardent les réparations. Cette spirale inquiète aussi les opérateurs de transferts d'argent, car les frais de déplacement pèsent sur les envois des diasporas vers les zones rurales, où le transport reste le seul lien avec les marchés.
Pour l'instant, la NNPC n'a pas annoncé d'extension du dispositif ni de compensation sur les autres postes de dépenses. Les chauffeurs, eux, continuent de calculer au jour le jour. La remise de 66 nairas, aussi symbolique soit-elle, ne change pas leur équation : tant que le coût global d'un trajet dépasse la recette, la pression reste entière. Le débat sur le transport urbain au Nigeria ne se réglera pas avec une ligne de remise, mais avec une politique qui prenne en compte l'ensemble de la chaîne.
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